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Visions inspirantes

Photo Étienne Dionne
Photo Étienne Dionne

Amélie PROULX

Artiste en arts visuels – Céramique
sculpturale et installative

Photo Étienne Dionne

Dans mon travail, je pars de la prémisse qu’avant sa cuisson, l’argile est souple et peut être indéfiniment transformée si elle reste humide. Le processus de cuisson transforme l’argile en céramique et rend celle-ci stable et permanente. Mes explorations avec la matière m’amènent à développer diverses stra-tégies pour déjouer les caractéristiques inhérentes de la céramique afin de suggérer que celle-ci redevient souple et se transforme perpétuellement. Mes sculptures et installations sont des propositions de mouvements potentiels d’une matière considérée immuable à travers le temps. Ainsi, j’active la céra-mique de diverses manières afin de créer des sculptures et installations cinétiques qui proposent un glissement de sens dans le langage et dans la perception des phénomènes naturels.

Les arts visuels permettent de remettre en question ce que nous pensons être immuable. Chaque création est une secousse tellurique pour nos sens, un glissement de terrain qui révèle sou-dainement de nouveaux paysages, de nouvelles façons de percevoir le monde.

Photo Renaud Philippe
Photo Renaud Philippe

Jean-Robert DROUILLARD

Artiste sculpteur

Photo Renaud Philippe

Être artiste.

Avoir pour métier de concevoir et fabriquer de l’art (des personnages de bois grandeur nature dans mon cas). Avoir l’impression de participer à changer le monde (un petit peu, pas beaucoup). C’est beau et exaltant. Les chemins intérieurs choisis par la personne qui consacre sa vie à la création sont fascinants.

Par contre, il faut se battre. Toujours et encore. Pour être indépendant, imperméable à ce que le monde autour attend de nous. On veut de l’artiste qu’il soit créatif et non créateur. On veut du beau (du consensuel) et non du signifiant. Le signifiant semble faire peur. Le signi-fiant semble subversif.

Dans un monde où le signifiant semble subversif, certains sont en marge, en porte à faux, en équilibre, sur le bord du monde. C’est exaltant et parfois rude. Souvent, l’artiste vit en parallèle de sa propre vie.

(Je voulais vous parler d’argent, mais j’ai changé d’idée à la dernière minute.)

Photo Mathieu Jadaud
Photo Mathieu Jadaud

Julie ST-AMAND

Artiste peintre à l’encaustique

Photo Mathieu Jadaud

Témoin de mon époque et artiste à Québec, c’est surtout la ville en mutation qui m’interpelle par son aspect esthétique. Peindre les transformations de Québec et d’autres villes, les rendre sensibles, captivantes, délicates et révélatrices.

Dans la capitale, la jeune génération d’artistes, dont je fais partie, a faim de reconnaissance de son plein talent, de sa valeur et de son expérience. Je me situe entre la relève et les artistes établis et cet entre-deux forme une grande génération d’artistes visionnaires, variés, surprenants et talentueux. Nous sommes nombreux, à Québec, et trouver notre place exige de la patience et de la persévérance, mais nous sommes la force tranquille de fond et nous poussons ensemble vers le haut, vers le succès!

C’est pourquoi les artistes qui croient en leurs rêves, aussi fous soient-ils, et qui veulent les réaliser ont besoin de s’entourer d’un public qui croit en eux et qui supporte, collectionne et aime les arts.

Photo Mathieu Jadaud
Photo Mathieu Jadaud

Paul BRUNET

Artiste et commissaire en arts visuels

Photo Mathieu Jadaud

De nos jours, les arts visuels sont à l’aube d’un paradigme esthétique qui se caractérise essentiellement par le désir de transcender certains concepts et idées du XXe siècle. Présentée dernièrement dans l’exposition Moonwalkers à la Galerie Trois Points de Montréal, ma plus récente série de peintures peut facilement être affiliée au métamodernisme, cette époque définie par les jeunes théoriciens Timotheus Vermeulen et Robin van den Akker dans leur texte Notes on metamodernism. Selon ces deux chercheurs prometteurs, nous sommes à l’émergence d’une nouvelle sensibilité que nous nous approprions peu à peu depuis le début des années 2000. Cette sensibilité oscille entre des positions modernes et des stratégies postmodernes, voire au-delà de celles-ci. Contrairement aux autres courants de l’histoire de l’art, le métamodernisme ne s’oppose pas vraiment aux époques qui le précèdent, mais combine plutôt les éléments les plus pertinents de celles-ci afin d’être une métaépoque.

Photo Mathieu Jadaud
Photo Mathieu Jadaud

Caroline GAGNÉ

Artiste et directrice artistique d’Avatar
(Sur la thématique du collectionneur)

Photo Mathieu Jadaud

En évoquant l’idée de collection, c’est ce qui me vient en tête aussitôt : accumulation.

Je ne suis pas « ramasseuse ». Pourtant, lors de vacances au bord de la mer, je me suis prise à ce jeu de ramasser du bois flotté. Comme tout bon collectionneur, j’ai rapidement établi des règles et des critères totalement arbitraires pour sélectionner les spécimens. D’abord, j’ai privilégié les branches dont l’aspect était le plus particulier. Puis, au fil de mes promenades, je me suis intéressée aux morceaux dont la spécificité était d’être du bois d’œuvre avant de s’être retrouvé à l’eau. Par exemple, je choisissais ceux portant des marques de vieille peinture, de rouille ou de clous, c’est-à-dire qui avaient visiblement servi à construire quelque chose, un châssis ou du mobilier par exemple. À cela s’ajoutait le critère ultime qui conférait une valeur distinctive : s’il était grugé par des insectes et que l’usure laissait apparaître leurs tracés.

Un matin, j’ai croisé un promeneur qui m’a avoué garder uniquement les morceaux de bois en angle de 90 degrés.

Photo Isabelle Houde
Photo Isabelle Houde

Patrick ALTMAN

Artiste en photographie et installation

Photo Isabelle Houde

Pour moi, l’art actuel est tributaire du passé : créer en avançant vers des contrées inconnues, tout en regardant dans le rétroviseur. De là vient mon intérêt pour l’histoire de l’art, et c’est la raison pour laquelle je collectionne les photographies anciennes. Pour ne pas répéter ce qui a déjà été fait.

Le milieu des arts visuels à Québec se porte plutôt bien. Nous retrouvons de très bons artistes, dont plusieurs se démarquent au-delà du Québec, des centres d’artistes bien organisés, dont VU qui est une référence en photographie et Le Lieu qui est devenu un des points d’ancrage de l’art performatif en Amérique. Soulignons la Manif d’art et Ex-Muro, un musée ouvert aux pratiques actuelles. Mais il y a quelques galeries commerciales qui peinent à arriver; il y a trop peu de collectionneurs à Québec. J’espère une meilleure couverture journalistique, qui est vraiment déficiente dans nos principaux quotidiens.

Je souhaite aux artistes de Québec de créer avant tout pour leur plaisir et, surtout, de surprendre par leur audace.

Cœur de mailles