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Brève histoire de bijou contemporain : de la tradition à l’expression

Photo Anthony McLEAN
Photo Anthony McLEAN

À la fois héritier du système français d’enseignement des arts et sous l’influence indirecte du mouvement anglais Arts and Craft par l’entremise des États-Unis et du reste du Canada, le Québec a développé ses métiers d’art contemporains dans un contexte unique à sa situation géographique, historique, culturelle et politique. En ce qui concerne le bijou d’art, il constitue une discipline encore très jeune, mais qui semble interpeller de plus en plus d’artistes depuis les dix dernières années.

Il est difficile de tracer une histoire linéaire du bijou contemporain. Le fait est que le bijou d’art, dit contemporain, est une discipline artistique pratiquée aux quatre coins du monde et qu’encore à ce jour, même les théoriciens les plus avertis ont du mal à définir exactement la nature du lien entre toutes ces grandes familles géographiques du bijou contemporain. Au Québec, on peut dire que cet art est né d’une union entre le courant moderniste américain et le questionnement européen sur la valeur des objets.

L’influence européenne est impossible à nier lorsqu’il est question de bijou contemporain. Il est d’ailleurs difficile d’aborder le sujet sans parler d’Otto Künzli, artiste d’origine Suisse qui vit et travaille maintenant à Munich. Il est un des précurseurs les plus importants du mouvement conceptuel en bijou contemporain. Sans nécessairement insinuer que tout bijou d’art est conceptuel, c’est tout de même cette manière de penser le bijou qui influence la grande majorité des artistes de nos jours. Künzli a su mettre en opposition deux types de valeurs : la valeur des matériaux précieux et celle de l’expression artistique. Les matériaux et le savoir-faire technique sont ainsi mis au service des idées plutôt que d’être célébrés simplement pour leur valeur intrinsèque. Künzli fut aussi un des premiers à suggérer que le bijou n’est pas forcé d’exister sous une forme tangible. Il peut être un accident, naître de la juxtaposition de deux objets ou exister sous forme d’idées.

Aux États-Unis, c’est dès les années 40 que les artistes ont commencé à s’intéresser au bijou comme moyen d’expression artistique. Parmi les pionniers du mouvement en Amérique, on compte entre autres Anni Albers et Margaret De Patta. Comme elles, plusieurs des artistes importants du milieu du siècle étaient issus d’écoles européennes. D’origine allemande, Albers a en effet amené les principes de l’école Bauhaus de l’autre côté du globe et pour sa part, De Patta a été formée par le constructiviste hongrois Lázló Moholy-Nagy.

C’est après la deuxième Guerre Mondiale que plusieurs artistes européens ont émigré en Amérique dont Georges Delrue et Goeges Schwartz, tous deux venus de France, qui se sont installés au Québec. De cette vague d’artistes européens relocalisés en Amérique, ce sont malheureusement ceux établis au Canada qui ont connu la vie la plus difficile. Le marché limité et le conservatisme canadien ont longtemps retardé l’essor du bijou contemporain au Canada.

Malgré tout, ce sont des passionnés comme Madeleine Dansereau, la toute première femme joaillière au Québec, qui ont eu la foi nécessaire pour poursuivre dans le domaine malgré le manque de reconnaissance. Co-fondatrice de la première école de joaillerie au Québec, l’École de Joaillerie et de Métaux d’Art de Montréal, que l’on connaît maintenant sous le nom d’École de Joaillerie de Montréal, Madeleine Dansereau a su utiliser le bijou comme véhicule d’expression sans toutefois se limiter aux techniques de la joaillerie traditionnelle. Artiste aux multiples talents, elle a su créer avec ses bijoux un lien entre peinture, sculpture et joaillerie. Ses magnifiques parures de papier faites à la main (voir la page précédente) sont des incontournables de la fin de sa carrière.

La communauté d’artistes, de galeristes et de passionnés du bijou contemporain est très unie et ce, à l’échelle mondiale. Les frontières étant rarement source de contrainte dans le domaine, de plus en plus de grandes villes organisent leur « semaine du bijou contemporain » au cours de laquelle des artistes de partout dans le monde sont invités à présenter leurs dernières explorations. Les artistes québécois commencent, petit à petit, à sortir des murs de la belle province et à faire la promotion de notre génie créateur sur la plateforme internationale. On pense notamment à Anne-Marie Rébillard et Gabrielle Desmarais, dont le travail fut présenté dans les plus prestigieuses expositions de bijou d’art en Europe. Maintenant que les artistes de chez nous ont la reconnaissance du milieu, la prochaine étape est de conquérir le public!

Cœur de mailles