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Un documentaire… expérimental… initiatique?!

Surfer

Que penser de Surfer sur la grâce? C’est un exercice assez complexe que d’entrer dans la tête de David B. Ricard, réalisateur de Québec. Voici quelques pistes de réflexion à la suite de cette première projection publique qui avait lieu le 19 septembre 2016 dans le cadre du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ).

Pour une description terre-à-terre du film, disons que nous nous retrouvons à suivre Louis, athlète professionnel de planche à roulettes, à travers plusieurs compétitions internationales. Nous en apprenons beaucoup sur ce sport à travers de nombreuses entrevues avec Louis, bien sûr, mais aussi d’autres athlètes participants aux tournois. C’est d’ailleurs impressionnant de voir tous ces jeunes et moins jeunes se surpasser aux différentes épreuves.

Sauf qu’en réalité, nous sommes loin du documentaire traditionnel. Le sport n’est qu’un prétexte au film. En fait, le sujet réel n’est pas du tout le skate. Le film est le fruit d’une quête identitaire. Le réalisateur lui-même cherche à s’accomplir, ou peut-être même à s’affranchir du cadre cinématographique de faire un « film de skate ». Au fur et à mesure que le film avance, David B. Ricard, le réalisateur, se rend compte qu’il est le sujet de son propre film, ce qui étonne autant l’auteur que le spectateur.

Voyez… C’est que Louis est aussi le petit frère du réalisateur du film. Et c’est sans censure que David nous dévoile un nombre impressionnant de réflexions très personnelles et d’échanges entre lui-même et son frère. Nous n’écoutons pas un film, nous sommes introduits dans leur vie.

Puisant dans des archives vidéo personnelles, Surfer sur la grâce est un film intime sur la fraternité et la quête de sens. On nage parfois en pleine confusion du réalisateur qui semble parfois désorienté dans ses grands questionnements et ses constats. Ses tentatives d’entrer en contact avec Louis ne sont pas sans efforts, car celui-ci ne partage pas toujours ses préoccupations philosophiques. Nous ne pouvons qu’éprouver de la sympathie pour les deux jeunes hommes.

Quelques passages coup de cœur… La conclusion du film, une improvisation style vj sur trame sonore à la sauce Érick Dorion (art audio). Il y a superposition des images, légèrement chaotiques, ce qui donne une expérimentation plutôt heureuse et agréable pour clore cette épopée. Et il y a cette pause culinaire hivernale, un peu comme un internaute publierait sur le mur de son profil Facebook une photo de son diner entre deux nouvelles plus sérieuses. Ça fait sourire. Nous apprendrons lors de l’échange post-projection que cette séquence marque un moment de transition dans le film. C’est à ce moment qu’il réalise que le film sur son frère est un film sur lui.

Le tournage s’échelonne sur plus de quatre ans. Tout au long du processus, David se filme en réfléchissant à voix haute. Surfer sur la grâce est un patchwork de scènes, d’entrevues et d’images qui nous guident vers un long processus de réflexion. Nous avons accès à un processus d’introspection assez complet.

Alors voilà. Quelle surprenante production. OVNI est un terme qui pourrait trouver sa pertinence pour décrire ce film des plus singuliers. Bravo au FCVQ de l’avoir programmé.

surfersurlagrace.com

 

David B. Ricard, réalisateur de "Surfer sur la grâce".
David B. Ricard, réalisateur de “Surfer sur la grâce”.

 

Cœur de mailles