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Tranches de vie de Michel Gondry

Photo Matthieu DESSUREAULT
Photo Matthieu DESSUREAULT

FESTIVAL DE CINÉMA AMÉRICAIN DE DEAUVILLE

/ par Matthieu DESSUREAULT

Après avoir brièvement flirté avec les mégaproductions hollywoodiennes, Michel Gondry revient à un cinéma indépendant. Dans The We and The I, il braque sa caméra sur des comédiens amateurs du Bronx jouant des rôles inspirés de leur vie.

Le réalisateur prolifique – longs et courts métrages, documentaires, vidéoclips, publicités – n’en est pas à ses premières armes en matière de tournage avec des non professionnels. Bazzart l’a rencontré sur le tapis rouge du Festival de cinéma américain de Deauville, où il a obtenu le Prix de la critique internationale.

Dernier trajet en autobus pour un groupe d’élèves exubérants avant les vacances estivales. Les insultes fusent à un rythme effréné dans cette bande d’excités, de semeurs de troubles et de boucs émissaires, tandis que les rues de New York défilent sans ellipse sous nos yeux. Une sorte de road-movie scolaire, tourné sans artifices, à l’exception de quelques images en stop motion, typiques du réalisateur français.

Ce scénario, il l’a ficelé au fil de ses rencontres avec les adolescents. « Nous avons fait une annonce dans un centre d’activités parascolaires. Nous avons pris les 35 premiers inscrits et leur avons demandé s’ils voulaient nous raconter leur histoire, parfois difficile, pour ensuite la jouer à l’écran », explique-t-il.

Il a été particulièrement fasciné par quatre ou cinq élèves. Dans le film, ce sont les derniers à quitter l’autobus. « Michaël (qui campe l’un des caïds de la banquette arrière) avait la tête du poseur. Il était assez charismatique, avec sa gueule d’ange et ses épaules de footballeur! En revanche, Sam avait un petit côté énervant. Il se prenait pour un génie. Dès que je l’ai vu, j’ai décidé de le faire valser dans l’autobus au début du film! Les personnages se sont dessinés comme ça, par la nature des gens. »

The We and The I raconte ainsi des tranches de vie, drôles, tristes ou pathétiques, mais toujours inspirées de la réalité des jeunes. Dans un langage parfois cru, le groupe discute amour, sexe, école, fêtes. Il en résulte un reflet somme toute fidèle des adolescents d’hier, et surtout d’aujourd’hui.

Puis, au fur et à mesure que leurs camarades quittent le bus, les derniers à descendre sont confrontés à eux-mêmes. Le monde superficiel autour d’eux s’écroule. La désinvolture et la puérilité se dissipent. Un condensé de vie, bref. « Le film peut être vu comme une forme d’évolution de la vie. Ça débute quand on est jeune et con, ensuite on apprend », résume monsieur Gondry.

L’idée a germé alors qu’il observait les passagers autour de lui lors d’un interminable trajet en autobus. « C’est un passionnant lieu de vie, très organique. Les décors changent, mais le support reste le même. Les gens proviennent de toutes les couches sociales. Je trouve ça incroyable! », raconte le réalisateur.

Tourner en huis clos dans un décor mobile a représenté de nombreuses contraintes pour l’équipe technique, qui filmait en continu à l’aide de deux caméras. « À cause du trafic, nous étions la moitié du temps à l’arrêt. Pour tourner de manière fluide tout en gardant une cohérence dans les décors, le bus effectuait continuellement des boucles de deux kilomètres. »

The We and The I se veut d’ailleurs une continuité de son « Usine de films amateurs », un studio de cinéma reconstitué au Centre Pompidou, à Paris. Décors, costumes et caméras étaient mis gratuitement à la disposition du public, invité à pondre un film en trois heures. Le succès de cet atelier a démontré, une fois de plus, l’intérêt des cinéphiles lorsque le septième art lui ouvre ses portes.

Cœur de mailles