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Tourner au féminin pluriel

 

Tournage du film Le prêtre et l’aventurier, 2010. Katie Gagnon, Isabelle Duval et Hélène Voyer. Courtoisie Vidéo Femmes.
Tournage du film Le prêtre et l’aventurier, 2010. Katie Gagnon, Isabelle Duval et Hélène Voyer. Courtoisie Vidéo Femmes.

Depuis plus de 35 ans, Vidéo Femmes (VF) stimule la création cinématographique au féminin dans la ville de Québec. Ce centre d’artistes poursuit deux objectifs : soutenir le travail des femmes vidéastes et faire rayonner leurs œuvres tant à l’échelle nationale qu’internationale.

C’est en 1973 qu’Hélène Roy, Helen Doyle et Nicole Giguère ont fondé Vidéo Femmes. À cette époque, les femmes étaient rares sur les plateaux de tournage et la création d’un organisme paraissait nécessaire pour les aider à se tailler une place dans le milieu. Mais qu’en est-il aujourd’hui? L’égalité hommes femmes est encore loin d’être atteinte. Les Réalisatrices équitables, un groupe de pression constitué de réalisatrices québécoises professionnelles l’a d’ailleurs dénoncé : en 2005-2006, les femmes ont réalisé 23% des productions subventionnées par la SODEC avec 14% de l’enveloppe budgétaire. Pour cette raison, Martine Beaurivage, ancienne directrice générale de VF, croit qu’« un organisme comme Vidéo Femmes a encore sa place ».

Selon Madame Beaurivage, VF se distingue par la variété de ses ressources puisque le centre « offre du soutien du début du projet jusqu’à sa réalisation ». De la lecture à la démarche de financement, en passant par des ateliers de réflexion critique, les artistes du centre peuvent compter sur un encadrement tout au long de leur travail. De plus, depuis 1997, VF offre des laboratoires de formation d’une durée de 4 à 5 mois. Une nouveauté cette année : l’organisme propose deux bourses de création, une pour les artistes émergentes et l’autre pour celles en mi-carrière.

Chaque année, VF enrichit ses collections d’une vingtaine d’œuvres. Travaillant tant comme producteur que comme distributeur, le centre se charge aussi d’inscrire ses artistes dans des festivals nationaux et internationaux. L’an dernier, VF a procédé à 252 inscriptions et 42 des projets soumis ont été sélectionnés.

C’est d’abord le documentaire qui a fait la renommée de VF. Dès sa création, l’organisme s’est voué à ce genre en abordant des sujets d’avant-garde. Si le documentaire occupe encore une place privilégiée chez VF, il y a de plus en plus d’ouverture vers les autres genres, tels la vidéo d’art et la fiction. Aujourd’hui, VF compte une cinquantaine de membres actives. « Nous avons des artistes de tous les âges, c’est vraiment intergénérationnel », précise Madame Beaurivage. Ainsi, à la liste des documentaristes établies comme Hélène Doyle et Nicole Giguère, s’ajoutent de jeunes artistes telles Geneviève Allard.

Équipe de Vidéo Femmes, 1980 : Lise Bonenfant, Lynda Roy, Hélène Roy, Michèle Pérusse, Louise Giguère, Nicole Giguère, Françoise Dugré, Lucie Godbout. Courtoisie Vidéo Femmes. Courtoisie Vidéo Femmes
Équipe de Vidéo Femmes, 1980 : Lise Bonenfant, Lynda Roy, Hélène Roy, Michèle Pérusse, Louise Giguère, Nicole Giguère, Françoise Dugré, Lucie Godbout. Courtoisie Vidéo Femmes. Courtoisie Vidéo Femmes

La vidéo sous un éclairage nouveau

Geneviève Allard a découvert VF un peu par hasard : ayant besoin d’un organisme parrain pour son projet de film avec le programme Jeunes volontaires en 2000, elle s’est tournée vers VF sans trop connaître l’organisme. Leur collaboration dure toujours, dix ans plus tard. Madame Allard a même assuré la présidence du conseil d’administration pendant cinq ans.

Sa passion pour le cinéma s’est concrétisée avec ce premier projet parrainé par VF intitulé Opus imagé. Cette vidéo d’art faisant revivre des toiles de grands maîtres lui a valu le prix du public au concours Vidéaste recherché-e. « Ce fut comme une confirmation que oui, ça pouvait être possible », raconte l’artiste.

Depuis, cette diplômée en histoire de l’art a gravi les échelons du milieu et travaille maintenant comme réalisatrice et monteuse. Pour ses projets personnels, elle privilégie les vidéos d’art et les vidéos de danse. La trame narrative est souvent déconstruite dans ses œuvres. « Ce que j’aime, ce sont les matériaux eux-mêmes, les sons et les images », affirme Geneviève Allard. Elle cherche à créer des ambiances, des textures.

Son dernier projet, Doucement repartir, a été créé avec de vieux films de famille des années 1950 tournés en Super 8. Le résultat final donne l’impression d’un récit de voyage. « À partir de vieux matériaux disparates récupérés, j’ai raconté une histoire », explique Madame Allard. Cette vidéo a été présentée lors du dernier Festival international du film sur l’art.

Geneviève Allard parle avec passion d’un projet qu’elle a réalisé dernièrement en collaboration avec la troupe de danse La otra orilla. Il s’agit d’une intégration vidéo pour un spectacle de flamenco, El 12. « Nous avons fait en sorte que la vidéo ne soit pas juste une tapisserie, nous avons essayé de créer un dialogue entre le contenu vidéo et le spectacle sur scène », précise la vidéaste.

Les thématiques de la mémoire et du temps qui passe ont été très présentes au cœur de ses dernières œuvres. Geneviève Allard prévoit que son prochain film en sera aussi imprégné. Elle participe au projet Québec Super 8, un collectif de huit réalisateurs devant tourner des courts métrages de fiction autour de l’imaginaire collectif de Québec. Elle considère cela comme un beau défi, puisque ce sera une première expérience de tournage en pellicule, mais surtout, un scénario dialogué à écrire pour une vidéaste habituée aux films muets.

Quant à la situation des femmes dans le milieu du cinéma, Geneviève Allard se montre plutôt optimiste : « tranquillement, ça change. Des réalisatrices, il y en a plus qu’avant ».

Geneviève Allard. Photo Jean-François Gravel
Geneviève Allard. Photo Jean-François Gravel
Cœur de mailles