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Mettre le feu aux planches entrevue avec Anne-Marie Olivier

Anne-Marie OLIVIER, directrice artistique du Théâtre du Trident. Photo Hélène Bouffard et Stéphane Bourgeois
Anne-Marie OLIVIER, directrice artistique du Théâtre du Trident. Photo Hélène Bouffard et Stéphane Bourgeois

Partenaire : Théâtre du Trident

Le Théâtre du Trident fait peau neuve cet automne. D’abord, Anne-Marie Olivier, directrice artistique en poste depuis décembre 2012, nous présente la toute première saison de théâtre qu’elle a entièrement choisie. De plus, la compagnie amorce la nouvelle année avec Amandine Gauthier comme nouvelle directrice de l’administration. Ce tout nouveau duo aux rênes de la prestigieuse institution de la ville de Québec ne peut être que prometteur pour l’avenir.

Anne-Marie Olivier parle avec fougue de sa vision pour le futur du Trident. Passant une grande partie de son temps dans ses recherches et lectures, elle a, en tant que directrice artistique, le mandat de dénicher des trésors de la dramaturgie d’ici et d’ailleurs. « Ce qui est important, c’est d’augmenter la température sur scène et de mettre tout en place pour qu’il y ait une métamorphose, pour que le spectateur sorte de la salle dans un état de cœur et d’esprit différent de quand il y est entré. »

C’est d’ailleurs cette recherche de feu intérieur et d’explosion passionnée qui a dirigé ses choix pour la saison, qui a comme thème Aviver le feu. « Aviver le feu, c’est vivre intensément. C’est se donner, partager, échanger. C’est être allumés les uns par les autres, les uns avec les autres », nous confie-t-elle, le regard pétillant.

Une grande compagnie en pleine mutation

Mois d’août, Osage County de l’acteur et auteur américain Tracy Letts, la toute première pièce choisie par Anne-Marie Olivier pour le Théâtre du Trident, fut avec raison un moment fort de la dernière saison. Cette pièce réaliste plutôt méconnue du grand public de Québec a su faire vibrer les spectateurs de toutes les façons, ce que la directrice cherche constamment.

« J’essaie toujours d’être obsédée par les spectateurs. Qu’est-ce que ça va leur faire? Est-ce que c’est pertinent dans leur vie? » Grandement influencée par la philosophie du metteur en scène d’origine libanaise Wajdi Mouawad, pour qui le théâtre sert à changer le monde plutôt qu’à divertir, elle a le désir profond de changer des vies, en s’adressant autant aux passionnés qu’à ceux qui vont au théâtre pour la première fois.

La diffusion du travail d’auteurs et de comédiens très connus — comme ce fut le cas la saison dernière pour Les Aiguilles et l’Opium de Robert Lepage avec Marc Labrèche, et Albertine, en cinq temps de Michel Tremblay, avec entre autres Monique Miller et Marie Tifo dans le rôle-titre — sont certainement des valeurs sûres pour remplir les salles. Anne-Marie Olivier est tout de même déterminée à prendre des risques artistiques et à présenter des projets audacieux. Elle se donne aussi le défi de revoir le rapport qu’entretient le théâtre avec la jeune génération. « Il y a quelque chose qu’on n’a pas fait. On a tué la curiosité chez le jeune spectateur et on est responsable de ça socialement », s’inquiète-t-elle.

La directrice artistique souhaite trouver les moyens de rendre l’offre théâtrale plus alléchante avec des expériences davantage marquantes, flamboyantes. C’est pourquoi elle a choisi d’inaugurer la prochaine saison avec la pièce Chante avec moi du Québécois Olivier Choinière, dans laquelle 50 interprètes de tous les âges se retrouveront ensemble sur scène, chose très peu commune au théâtre.

Une nouvelle équipe, un nouveau souffle

Il faut quelques années avant que chaque directeur définisse sa voix et donne sa couleur personnelle au théâtre qu’il dirige, et c’est bien ce qu’Anne-Marie Olivier compte faire au Trident. Cette identité propre à chaque théâtre, à chaque direction artistique, permet au milieu de concentrer ses efforts afin d’évoluer dans un sens commun. Très axée sur la communauté et sur le partage des passions, la directrice prône le dialogue et l’entraide entre les différentes institutions. À une époque où les temps sont arides pour les institutions culturelles, il est important de miser sur la réunion des efforts.

Ayant maintenant à ses côtés Amandine Gauthier comme toute nouvelle codirectrice générale et administrative, Anne-Marie Olivier est prête à mener une chaude lutte pour défendre la place, mais surtout la pertinence d’une institution culturelle comme la leur. Elle décrit sa nouvelle collègue comme quelqu’un de dynamique et d’extrêmement intelligent, qui est touchée par l’art sous toutes ses formes. Elle voit son arrivée comme une nouvelle lumineuse pour la ville de Québec. Cette vague de dynamisme aura sans aucun doute un impact positif sur le futur de la compagnie.

Cœur de mailles