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Stockholm, le syndrome : rire du cliché

 

De gauche à droit : Vincent Nolin Bouchard, Marc Auger Gosselin, Laurence Moisan Bédard, Denis Marchand et Jean-Michel Déry. En bas : Paul Fruteau de Laclos. Crédits photo : Cath Langlois photographe.
De gauche à droit : Vincent Nolin Bouchard, Marc Auger Gosselin, Laurence Moisan Bédard, Denis Marchand et Jean-Michel Déry. En bas : Paul Fruteau de Laclos. Crédits photo : Cath Langlois photographe.

Comme deuxième pièce de sa saison d’automne, Premier Acte présente jusqu’au 29 octobre la première pièce écrite et mise en scène par le comédien Gabriel Fournier. S’inspirant du phénomène psychologique subséquent à la prise d’otage, il aborde pourtant ce lourd sujet sur un ton absurde, humoristique et léger.

Stockholm, le syndrome c’est un huis clos rassemblant six employés d’une grosse compagnie d’assurance, séquestrés par un mystérieux client insatisfait. Après avoir été entrainés chacun leur tour dans une salle par leur geôlier, ils tenteront de déjouer celui qui les tient captifs. À force de discussions, ils développent tranquillement de l’empathie pour lui. Les uns après les autres, ils se rangent de son côté. Ils finiront tous par s’identifier à lui et voudront combler ses demandes impossibles.

C’est toutefois sur une note humoristique que son auteur présente ce syndrome qui n’a rien de drôle. Pour l’illustrer, il choisit de mettre en scène le monde de la bureaucratie et son aliénante organisation. C’est par ce biais qu’il touche à des thèmes réfléchis comme la quête du bonheur, la réussite personnelle et la dure réalité des rêves brisés.

Joué dans un français normatif volontairement exagéré et caricatural, le texte est parsemé d’assonances rigolotes et autres figures de style finement utilisées. On prend rapidement plaisir à déceler la blague tout en attendant la prochaine répétition d’un mot surutilisé et drôlement prononcé. Chaque mot, on le sent, a été réfléchi et choisi. Cet intérêt pour les mots et les sonorités fait tout le charme de la pièce.

Le jeu, presque décroché tellement il est gros, dévoile rapidement l’univers absurde dans lequel Fournier souhaite nous plonger. Le décor minimaliste permet de laisser toute la place aux comédiens et à leur jeu physique parodique et cliché. Denis Marchand, dans le rôle du sérieux patron, se démarque particulièrement par sa présence scénique et son humour unique. Il réussit avec brio à nous faire rire au premier et au deuxième degré en même temps. Marc Auger Gosselin et Paul Fruteau de Laclos incarnent quant à eux des personnages excentriques mais intrigants qui font sourire même lorsqu’ils ne parlent pas.

Stockholm se veut donc une comédie dramatique parodique absurde truffée de bonbons lexicaux et où le mot l’emporte souvent sur le sens. Les propositions sont multiples, diverses, audacieuses et évidentes. Si bien qu’à certains moments, l’idée, la blague ou encore la tirade semble plus poussée qu’amenée. Le travail intellectuel et le deuxième degré justifient à eux seuls la présence de certaines répliques qui apporte peu à la trame narrative mise en place et laisse le spectateur en attente de justifications.

Malgré cela, le défi semble relevé pour la compagnie Le chien sourd. Stockholm, le syndrome est franchement drôle et fait travailler l’esprit du public sans relâche.

  • Du 11 au 29 octobre 2016
  • À Premier Acte
  • Production le chien sourd
  • Avec Marc Auger Gosselin, Denis Marchand, Jean-Michel Déry, Paul Fruteau de Laclos, Laurence Moisan Bédard, Vincent Nolin Bouchard

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