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Sortir de soi et aller vers l’autre

Philippe Soldevila, Christian Essiambre et Pierre-Guy Blanchard / Le long voyage de Pierre-Guy B. / les auteurs de la pièce. Photo Nicola-Frank Vachon
Philippe Soldevila, Christian Essiambre et Pierre-Guy Blanchard / Le long voyage de Pierre-Guy B. / les auteurs de la pièce. Photo Nicola-Frank Vachon

Partenaire : PHILIPPE SOLDEVILA ET LE THÉÂTRE SORTIE DE SECOURS

 

L’idée de la rencontre marque le théâtre de Philippe Soldevila. Elle ponctue aussi l’histoire de l’homme, de l’auteur et du metteur en scène qu’il est et dont le but ultime consiste à créer des événements, à mettre en scène des questionnements ou encore à sortir de soi et aller vers l’autre avec toute l’intensité que cela implique. Comme dans une sorte de secours.

La compagnie Sortie de Secours s’est toujours intéressée aux questions identitaires et à l’étranger, rappelle son directeur artistique Philippe Soldevila. Dès sa création en 1989, son public d’ici et d’ailleurs a été confronté à des réalités bien souvent à cent mille lieux de son milieu immédiat. Qui connaît le titre de ses pièces peut en témoigner avec des noms tels Exils, Bhopal, Santiago, Les trois exils de Christian E., Québec – Barcelona…

Nul doute toutefois pour le metteur en scène que les différentes identités qui composent ses univers théâtraux se ressemblent et se rejoignent. Après tout, le matériau de base de ses créations touche l’être humain dont les similitudes parcourent le monde. « Plus on voyage loin, plus c’est facile de s’ouvrir et de se rendre compte que ce que l’on nous présente est un miroir. »

En fait, Philippe Soldevila semblait prédisposé à cette quête de l’identité. Arrivé d’Espagne avec ses parents, l’enfant qu’il fut à Québec dans les années 50 s’interrogea le premier sur cette question. Ses mêmes réflexions jetèrent par la suite le fondement des premiers mouvements de Sortie de Secours consacrés à des artistes et à des auteurs espagnols. Ça allait de soi, tout simplement.

Il se posa par la suite les mêmes questions, mais cette fois-ci avec des gens qui partageaient les mêmes interrogations que lui. D’où ses nombreuses collaborations au fil du temps avec les Franco-Ontariens ou les Acadiens pour arriver une fois de plus à ce même constat : « Les cultures étrangères sont beaucoup plus proches que l’on pense ». Son travail avec l’auteure catalane Mercè Sarrias ou encore avec le comédien Christian Essiambre et la metteure en scène Marcia Babineau, tous deux d’origine acadienne, en sont de bons exemples.

Puis, après avoir exploré l’exotisme et les gens autour de lui, l’artiste va en quelque sorte de plus en plus vers l’intime. « C’est drôle, c’est la première fois que je le verbalise ; ce fait d’aller peu à peu vers la fiction biographique depuis les dernières années ». Son projet tout juste en chantier, Le long voyage de Pierre-Guy B., explore notamment cette voie en partant à la rencontre de la vie bouillonnante de l’artiste et outsider acadien Pierre-Guy Blanchard. Au final, il s’agira d’une trilogie de « fiction biographique ».

Et Québec est-il un milieu inspirant pour cet auteur dont le moteur de ses créations est tantôt l’autre, tantôt l’ailleurs? Assurément, précise-t-il tout de go. En ne vivant pas tout l’aspect vedettariat à Québec, cela fait en sorte que les créateurs qui restent sont de véritables passionnés de théâtre. Il n’y a pas de carriérisme ici. Le théâtre à Québec ne répond pas à l’urbanité, mais à quelque chose de beaucoup plus large. Les artistes se questionnent sans nécessairement se positionner par rapport à un mouvement artistique ou d’écriture. « Et ça, c’est évidemment une grande liberté », selon lui.

Pour maintenir cette liberté, Sortie de Secours doit toutefois envisager l’avenir avec tous les aléas du domaine. Malgré d’évidentes réussites tel le fait que Les trois exils de Christian E. ait été présentée plus de 110 fois dans plus de 50 villes du Québec et du Canada, celui qui consacre sa vie au théâtre doit se tenir aux aguets. « En fait, c’est un combat. On a tout pour se réjouir, car artistiquement parlant, on vit un âge d’or. Mais, paradoxalement, on a de plus en plus les poings liés pour arriver à obtenir les moyens à la hauteur de ce que l’on peut faire. C’est donc un combat quotidien pour avoir le financement désiré, pour survivre. »

L’avenir devrait ainsi continuer de se jouer pour Philippe Soldevila, tout comme pour Sortie de Secours et tous les autres projets du créateur… sous le signe de l’ouverture. Après tout, le créateur réussit à nous prouver que la rencontre se veut un matériau bien fertile. Surtout lorsqu’elle est unique, fascinante et encline au coup de foudre.

Notons que Le long voyage de Pierre-Guy B. sera présenté au théâtre l’Escaouette de Moncton du 4 au 6 novembre 2014, au Théâtre français du Centre national des Arts du 28 au 31 janvier 2015 et au Théâtre Périscope de Québec du 10 au 28 février 2015 ; un texte de Philippe Soldevila, Christian Essiambre et Pierre-Guy Blanchard dans une mise en scène de Philippe Soldevila.

sortiedesecours.org

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