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Simple question de progrès

Photo Courtoisie
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Édito

Au quotidien, penser simple, c’est compliqué. Acheter, travailler, consommer, performer, négocier, endurer… C’est une routine qui assomme, éloigne de l’essentiel. Qui rend bêêêête. Vitesse, stress, dépression… Le quotidien nous rend vulnérable à un marché qui nous en met plein la gueule à coup de pancartes publicitaires. Elles nous font miroiter le rêve ridicule que si on achète maintenant, on s’en sentira bien mieux. «Achète à crédit, gâte-toi, tu le mérites bien et tu payeras plus tard…» Finalement, nous cherchons toujours ce bon vieux paradis, mais celui-ci se présente autrement, aussi illusoire que le précédant. Le mercantilisme a succédé au christianisme. Amen. Eh oui, Dieu l’omniprésent porte des lunettes fumées, une chaîne en or, se promène en Porsche et vend des RÉER. On a changé quatre hosties pour une piastre.

Acheteurs compulsifs et avertis, méfiez-vous : on vous scrute, on vous étudie, on cherche vos habitudes, vos points faibles. Comme Big Brother, mais en vrai. On vous veut, puissamment. Et ne dites pas : « Non, sur moi, la pub, ça ne fonctionne pas. » Yeah, right… À la quantité de pub qu’on vous balance, il y en a toujours une qui fait mouche. En prime, vous vous méritez cette « gogosse » qui a l’air très pratique, mais qui assouvit de faux besoins. Et on s’en lasse rapidement. C’est pas grave : le tout n’a coûté qu’une « coupe de piasses ». Et voilà, on la remplace avec indifférence pour ce nouveau « cossin » encore plus performant, mais qui vous fera le même coup que le précédent. Déjà vu? Après un moment, l’indifférence nous gagne, il devient difficile de faire la part des choses, puis plus rien ne nous fait vibrer. Enfin, plus à tous les coups.

Quel monde irréel… Est-ce qu’on ne serait pas en train de se faire du cinéma à l’américaine? N’est-ce point vide de sens? Il me semble que j’aurais envie de prendre le temps de respirer, de souffler un peu, de tirer sur le fil, quoi… sans être branchée sur un écran pour décrocher. Atteindre un état d’être durable… J’aurais besoin d’un sursis. Mais le temps, c’est de l’argent. C’est le genre de truc qui, rarement, est en spécial. Ça ne se trouve pas dans une circulaire. Ni dans une boîte de céréales.

Que diriez-vous d’un retour aux sources? Revenir à ce qui a une âme, à ce que nous savons d’unique, de simple, de vrai. Comme la rose d’un petit prince… Pas ce qui a une apparence parfaite, qui brille à en crever les yeux, fabriqué à la chaîne dans une usine anonyme à l’opposé de nos valeurs reformatées et standardisées. Revenir à ce que nous « avons » d’unique, d’essentiel. Ne faudrait-il pas réinventer une roue qui, de toute façon, ne fait plus que tourner dans
le vide?

Restons simples. C’est peut-être ça, le progrès. ■

Cœur de mailles