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Résumé d’une longue histoire

 

Photo Philippe Ruel
Photo Philippe Ruel

Au Québec, cette discipline est encore jeune et peu répandue, mais en réalité, le théâtre de rue – ou arts de la rue – existe depuis des centaines d’années.

Du moins, nous pouvons remonter jusqu’à l’époque de la Grèce antique, où nous retrouvons les aèdes, ces chanteurs/poètes qui, dans les grandes solennités, chantaient des hymnes, des poésies mystiques, des cosmogonies et des théogonies de leur cru. Ils racontaient les aventures épiques de héros tels qu’Homer. Tout comme les poètes errants du Moyen Âge, ils parcouraient les villes et villages en chantant des morceaux poétiques sur les dieux, les héros, les grands événements politiques ou militaires. À cette époque, ils étaient reçus avec bienveillance et même
avec vénération.

Le début du Moyen Âge marque l’arrivée des troubadours, en particulier en France, sous l’influence des courants arabes et espagnols. Ces artistes permettent de mieux découvrir la poésie traitant plus souvent de l’amour que de la guerre. S’ajoutent peu à peu aux numéros des gens s’improvisant jongleurs et bouffons. Ceux-ci performent dans les théâtres de foire médiévaux. Jouant devant public, faisant ici et là quelques plaisanteries légères sur divers sujets tout en évitant de trop politiser leurs propos par peur de la guillotine, ils ne se privent surtout pas de faire quelques farces sur les gens de la noblesse. La sotie en est un bon exemple : ce style de farce s’inspire de l’actualité et dénonce avec un humour grinçant la folie du monde en lui opposant la « sagesse » des sots. C’est aussi à cette époque qu’apparaissent « les mystères », qui sont des pièces représentant dans sa totalité la vie d’un saint. La vie du Christ, Les Mystères de la Passion, provoque un engouement contagieux dans toute l’Europe. Ces représentations religieuses sur les parvis d’églises permettent à la communauté ecclésiastique d’étendre son influence sur le peuple.

Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, beaucoup de troupes de théâtre se lancent à l’assaut des villes et des campagnes européennes, ne se contentant pas de jouer dans de grandes salles, mais profitant aussi du plein air pour rendre compte de tout leur savoir artistique devant différents publics. Le théâtre de rue est florissant : tous les genres sont appréciés, de la comédie à la tragédie en passant par le burlesque. Les artistes utilisent le décalage entre le comique et le lyrique ou le tragique pour créer de nouveaux genres.

Soumis à la hiérarchie des classes sociales, le théâtre jouit d’un statut positif lorsqu’il est au service du roi, mais moins lorsqu’il sert le peuple. Néanmoins, il influence l’ordre social. À titre d’exemple, au XVIIe siècle, Pierre Corneille délaisse ses activités d’avocat pour produire des pièces tellesLe Cid ou Horace, qui seront par la suite jouées à l’intérieur comme à l’extérieur des enceintes pendant des siècles.

Au Québec, à l’époque du haut et du bas Canada ( XVIIe siècle ) où les gouverneurs empêchent tout simplement les Canadiens français de s’exprimer librement sur la place publique, le théâtre de rue est pratiquement inexistant. En fait, tels que nous les connaissons aujourd’hui au Québec, les arts de la rue prennent leur réel envol seulement au début des années 1970 sous l’influence des arts du cirque alors de plus en plus populaires. Cette influence est encouragée par l’essor des festivals qui occupent une place grandissante au sein des villes et régions du Québec et qui permettent une meilleure visibilité aux artistes.

Pendant la même période, les États-Unis, aux prises avec la guerre du Vietnam, voient ses artistes sortir dans la rue pour réclamer la paix. Peter Schuman et son Bread and Puppet Theater se fait alors connaître avec ses marionnettes géantes. L’art est encore au service de la paix et de la communauté.

En Europe, au début du XXe siècle, les revendications pour la liberté d’expression reprennent; la tendance à quitter les salles au profit de la place publique refait surface. La rue comme lieu de représentation reprend ses droits et permet aux artistes d’aborder les gens, d’aller à leur rencontre.

Les espaces architecturaux et urbains offrent moult possibilités qui n’ont de limites que la créativité des artistes de rue. Nous n’avons qu’à penser aux machines de Royal de luxe ou de Pipototal, ou encore aux installations théâtrales de Kumulus… Aller à la rencontre des artistes de rue, c’est prendre un bain d’actualité aux parfums de préoccupations sociales, avec tout ce que cela a de beau, de laid, de poétique, de déjanté, de drôle ou de froid, de grand ou de petit… C’est un peu comme regarder l’envers de la médaille.

Photo François Angers
Photo François Angers
Cœur de mailles