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Tout sauf la solitude

Jacques LEBLANC, directeur artistique du Théâtre de la Bordée. Photo Mathieu JADAUD
Jacques LEBLANC,
directeur artistique du Théâtre de la Bordée. Photo Mathieu JADAUD

/ par Jacques LEBLANC,
directeur artistique du Théâtre de la Bordée

Bonjour à tous. Mon nom est Jacques Leblanc, je suis comédien, issu du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1981, donc depuis 33 ans, je me promène, à Québec principalement, de théâtre en théâtre, d’auteur en auteur, de rôle en rôle, de metteur en scène en metteur en scène, de doute en certitude, de bonheur en déception, de flamme en flamme.

Après m’être regardé le nombril pendant quelques années, me disant que j’étais si bon et que je deviendrais quelqu’un de très célèbre, j’ai rencontré l’autre. Celui qui partage la même passion que moi. Celui qui est sur scène avec moi. Celui qui doute aussi devant l’ampleur du personnage, la difficulté de la langue, la finesse du sous-texte, la profondeur de l’émotion. Celui qui, comme moi, travaille sans relâche pour arriver fin prêt devant le public. Celui qui est accablé devant une critique éreintante, celui qui jubile pendant les applaudissements, celui qui fête après une première. Ensemble, nous pouvons beaucoup. Ensemble.

Car c’est bien le cœur de notre métier. La rencontre. J’ai rencontré tellement de gens qui m’ont fait évoluer. Des professeurs, des metteurs en scènes, des comédiens, des scénographes, des auteurs, des directeurs de théâtre. Toutes ces expériences réunies me donnent le vertige. Toutes ces vies qui s’entremêlent, toutes ces énergies qui se confondent, tous ces rires en salle de répétition, toutes ces soirées à refaire le monde, le métier. Tous ces projets réalisés ou avortés, toutes ces espérances. Mais aussi, toutes ces déceptions, ces revers, tout ça, pour moi c’est la vie.

Tout sauf la solitude. J’aurais pu aujourd’hui parler de Québec, de Montréal, des régions, je n’en ai pas envie parce qu’au bout du compte, ça ne m’intéresse pas ce cloisonnement. Nous parlons bien de théâtre ici et non pas de vedettariat. Bien sûr chacun veut plus. C’est normal et légitime, mais ce n’est certainement pas en essayant d’en avoir plus sur le dos de l’autre que nous règlerons la question. Si le théâtre se porte bien dans la métropole, la capitale ou les régions, ça ne peut être que bénéfique pour tous. Nous avons besoin de rendre notre métier accessible à tous, notre art vivant, notre passion utile. Et si chacun d’entre nous peut apporter à l’autre un petit quelque chose, tant mieux. C’est ensemble que nous ferons avancer notre métier. Ensemble, tout sauf la solitude.

Je suis directeur du Théâtre de la Bordée depuis dix ans. Cette nouvelle expérience m’a appris encore davantage sur le métier. Tout à coup, une vue d’ensemble m’est apparue. Celle d’une ville, d’une province, d’un pays. Une vue plus spécifique d’individus, d’interprètes, de metteurs en scène, d’auteurs, de concepteurs qui évoluent et continueront à le faire si nous leur donnons les moyens. Il faut travailler ensemble à donner les outils nécessaires à tous ces artistes pour grandir, fleurir. Il faut que le public qui fréquente nos salles de théâtre ressorte des spectacles avec quelque chose de plus, de nouveau et aussi avec la fierté d’avoir été de cette rencontre unique, belle, émouvante.

Cœur de mailles