Accueil / 2014 – Vol. 8 No 1 / Performer la fête

Performer la fête

Photo Christine Bourgier
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MOIS MULTI

Photo Christine Bourgier

Les oiseaux mécaniques. Photo Christine Bourgier

Notre Coney Island. Photo Jacynthe Carrier

Photo Jacynthe Carrier

Pour souligner son 15e anniversaire, le Mois Multi a choisi de se gâter. Il en a profité pour célébrer avec le plus d’invités possible et offrir une vitrine toute spéciale aux lauréats de la bourse Première Ovation – Arts multi décernée par la Ville de Québec. Recevoir la folie du Bureau de l’APA et du Théâtre Rude Ingénierie en cadeau? Y’a de quoi faire la fête!

Les oiseaux mécaniques, Bureau de l’APA

C’est une invitation à un concert bien particulier que nous envoient Simon Drouin et Laurence Brunelle-Côté, les cofondateurs du Bureau de l’APA. Par le détournement de la Neuvième Symphonie de Beethoven, certainement l’une des œuvres classiques les plus connues – l’Hymne à la joie en est l’un des mouvements –, le duo invite le public à se questionner sur sa perception de l’art, particulièrement sur l’opposition entre art savant et art populaire, et le pouvoir dans son sens large. Lors d’une telle performance musicale, tous les codes propres à un concert classique sont volontairement malmenés. Les « oiseaux mécaniques » du titre rappellent ces machines que l’humain a conçues pour reproduire le chant du rossignol, mais aussi ces autres bidules électroniques dont émerge une ritournelle parfois vide et aliénante que nous fredonnons finalement sans nous en rendre compte, sorte de bruit ambiant qui envahit notre quotidien sans vraiment l’avoir choisi.

Attention : les concepteurs se gardent bien d’avoir une pensée claire et nette à imposer sur quoi que ce soit. Une prise de parole trop dirigée, trop contrôlée, ce n’est pas la tasse de thé du Bureau. Selon Simon Drouin, il est important de prendre le risque d’être à la frontière du sens et du non-sens afin d’interpeler la sensibilité de chacun. C’est probablement pourquoi les huit autres musiciens et interprètes en tous genres qui les accompagnent sur scène arrivent à colorer la performance à leur façon. Si la trame est bien tracée, le spectacle demeure bien vivant : aucun performeur n’est comédien, certains n’ont même jamais écrit leur texte. Un critique de théâtre intervient même à plusieurs reprises lors du spectacle pour livrer au public sa critique à chaud. Au final, le public a droit à une performance qui dépasse le théâtre, ou les arts de la scène tels qu’on les connaît.

« Même si nous avions une volonté d’injecter une vision poétique à l’en-semble, le spectacle n’est pas beau! », tient à avertir en riant la coconceptrice du spectacle. Nous pouvons tout de même espérer un joyeux chaos!

Notre Coney Island, Théâtre Rude Ingénierie

L’univers forain inspirant la toute dernière création du Théâtre Rude Ingénierie a de quoi exciter notre enfant intérieur. Si la belle machine construite à partir d’éléments du quotidien trônant au milieu de la salle de la Caserne Dalhousie ressemble à une maquette délurée de l’île new-yorkaise, elle fait aussi office d’instrument de musique autonome et de plateforme de tournage. L’installation prend les allures d’un véritable vernissage performance pendant le Mois Multi. Le but ultime de tout ce travail exploratoire est la réalisation d’un film d’une heure trente inspiré par la maquette vivante et son environnement spatial.

Au fil de leurs explorations artistiques, les concepteurs se sont plu à jouer avec les échelles et les ambiances sonores. C’est un prétexte pour stimuler la réflexion du spectateur, mais aussi celle de l’artiste, sur la façon dont nous construisons nos lieux de vie, dont nous nous les approprions et, surtout, dont nous les rêvons. C’est pourquoi, en regardant la machine en marche, nous pouvons avoir l’impression d’être à la fois dans l’esprit de l’architecte à l’origine du plan d’aménagement de Coney Island, mais aussi à l’époque glorieuse de l’île foraine, au coin de la rue près de la Grande Roue, dans ce bar enfumé où la trompette résonne, sans toutefois ne rien manquer de la vue à vol d’oiseau de l’île et du film scénarisé et projeté en direct sur les écrans tout autour de la salle. Le spectateur est constamment poussé à remettre en question sa perception de l’ensemble et, ainsi, à construire sa propre histoire. Parce que, comme le rappelle Bruno Bouchard, « le monde restera toujours la maquette du monde… »

Heureusement, le projet n’en est qu’à son deuxième laboratoire public, la deuxième étape de présentation sur trois. Il faudra donc rester à l’affût du dernier opus, mouture finale à venir dans les prochains mois.

Photo Jacynthe Carrier
Photo Jacynthe Carrier
Cœur de mailles