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Passionnément zinester!

Photo Jean-François Gravel
Photo Jean-François Gravel

/ par Chaher Mohamed Saïd OMAR

 

Ce qui frappe au sujet d’Olivier Bhérer-Vidal, c’est à quel point son œuvre incarne la personne qu’il est. La vingtaine de fanzines publiés par cet artiste d’une authenticité rare se distinguent par une esthétique de la quiétude et un déni des sujets polémiques… à tel point qu’il prétend même trouver « ennuyant » l’ensemble de ses publications. Dans les faits, ses narrations intimistes illustrées par des dessins lacunaires ont le don de détendre le lecteur.

Ce créateur qui « aime travailler de [ ses ] mains et dans la solitude », surprend par la qualité de son ouvrage car c’est tardivement qu’il a découvert l’objet de sa passion. Dans la trentaine, c’est en 2007 qu’il est initié aux fanzines. Une amie, Marie-Andrée Gibert, l’invite à prendre part à un salon consacré à cette forme de publication dans le cadre du Festival de la bande dessinée francophone de Québec. Depuis, Olivier Bhérer-Vidal s’est investi dans la microédition de livres illustrés, en particulier avec les Éditions Les Raboussiers créé en duo avec la même Marie-Andrée. Enfin, il coordonne des événements tels que le Salon Nouveau Genre : une expo-vente réunissant une quarantaine de créateurs de la relève en métiers d’art, en arts visuels, en microédition, en mode et en musique. À cette occasion, plusieurs zinesters se rencontrent pour partager leur hobby avec le public. C’est d’ailleurs une circonstance privilégiée pour acheter de ce produit plutôt difficile à trouver sur le marché traditionnel du livre.

Et dire qu’auparavant Olivier Bhérer-Vidal n’en avait même jamais entendu parler ! Sans doute est-ce pourquoi son travail se situe à contre-courant d’un bon nombre de fanzines spécialisés dans un thème ou un genre, ou encore attachés à une cause sociale ou politique.

FANZINE OU PAS : LÀ EST LA QUESTION !

Chose surprenante, Olivier Bhérer-Vidal estime que l’objet de son activité créatrice ne saurait être identifié comme étant un fanzine. Il le place plutôt à mis chemin entre le journal de bord, l’art de la BD et l’artisanat.

Voici, dans les faits :

Primo, la production de ce diplômé en arts visuels est inspirée des nombreux voyages qu’il a effectués en Europe ( France, Finlande, Belgique et j’en passe ). En constant aller-retour entre les deux continents, cet observateur patient scrute la banalité dans ce qu’elle a de plus quotidien, plat et répétitif. De retour au pays natal, tout ce qu’il a vu est inconsciemment passé au crible, puis sélectionné pour servir les besoins de sa création. Le résultat textuel de ce qu’il fait ressemble à ça : « La chambre que j’appelle ma chambre quand j’y suis installé est dotée de tous les conforts modernes : fenêtre, prise électrique, tapis, radiateur, table de chevet. »1

Secundo, malgré ses qualités de spectateur attentif, Olivier Bhérer-Vidal s’arrange souvent pour trimbaler un appareil photo avec lui. En un flash, un clic, il croque au vif plusieurs instants de cette vie oisive qui le fascine tant. Par la suite, il reproduit en dessin le contenu de ses clichés ; sans doute une manière de se réapproprier tant « d’événements qui [ l ]’ont touché ».

Tertio et enfin, M. Bhérer-Vidal met sur un même pied d’égalité son amour pour les histoires qu’il rédige, les images qu’il dessine et le plaisir qu’il tire de la création d’un objet. Le fait d’avoir étudié en design textile explique peut-être son goût pour le travail manuel. En bref, il aime la matière. Et au fil des ans, cet artisan-zinester a développé une routine de production très précise. Il réalise ses dessins originaux, qu’il multiplie ensuite à l’aide d’une imprimante maison. Ces copies papier sont pliées, découpées à la tranche et enfin assemblées à l’aide d’une machine à coudre ( et… oui ! ).

UN GARS PAS TRÈS BRANCHÉ TECHNO

À l’heure des grandes avancées technologiques, pendant que plusieurs zinesters abandonnent le fanzine pour le webzine, Olivier Bhérer-Vidal reste fidèle au papier et à l’encre comme moyen de production.

D’abord, il n’a que faire de la course en avant vers la rentabilité dont se préoccupent certains. À l’instar des périodiques traditionnels, nombreux sont ceux qui accourent vers le Web pour réduire les dépenses liées à l’impression. Pourtant, selon l’artiste, l’impression, le découpage et la couture offrent plusieurs avantages. Le plus important : « C’est efficace et surtout adapté aux exigences relatives à la diffusion de mon produit. » Par ailleurs, Olivier Bhérer-Vidal considère que ces outils lui façonnent exactement la forme qu’il souhaite donner à ses objets.

En tout cas, cet éditeur de fortune ne s’en lasse pas. Une fois que ses stocks toujours produits en petite quantité, quelques dizaines, arrivent à épuisement, c’est avec plaisir qu’il les réimprime… de la même manière. Et l’artiste confie que cette façon de faire rend chaque fanzine unique avec ses qualités et ses défauts. « Mon travail est ainsi sans cesse renouvelé… original. C’est d’ailleurs comme ça qu’il confine vers l’œuvre d’art. »

C’est cet amour du travail manuel qui amène Olivier Bhérer-Vidal à se considérer lui-même comme un gars pas très branché techno. Cela ne l’empêche pourtant pas de multiplier les blogues et de se servir du Web comme d’une vitrine pour ses nombreux projets. Il en profite aussi pour mettre en valeur l’univers du zine et faire découvrir aux potentiels lecteurs les évènements qui y sont liés. Futurs fanatiques, vous savez quoi faire maintenant.

1Extrait tiré du fanzine 19 jours à Montpeyroux,
Éditions les Raboussiers, 2009.

Les Raboussiers : 
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http://emptysets.wordpress.com/
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