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Changer d’art

Oeuvre : Mille anonymes. 2011. Une création de Daniel DANIS, artiste associé à Recto-Verso. Photo Nicolas VACHON
Oeuvre : Mille anonymes.
2011. Une création de Daniel DANIS, artiste associé à Recto-Verso. Photo Nicolas VACHON

Partenaire : Productions Recto-Verso

Productions Recto-Verso est au cœur du développement des arts multidisciplinaires au Québec. En plus d’être l’un des organismes fondateurs de la Coopérative Méduse, un centre artistique jouxtant la côte d’Abraham, Recto-Verso participe activement au développement des formes actuelles en art multi.

Bien que cette discipline bénéficie d’une vitrine médiatique réduite, elle ne manque pas de susciter de vives réactions parmi le public, même chez les plus avertis. Recto-Verso célèbre cette saison son trentième anniversaire; l’occasion est belle de faire le point sur cet organisme et son contexte particulier.

C’est en 1984, à Matane, que l’histoire de Recto-Verso débute, région animée pas une activité artistique incomparable, concentrée autour de son Cégep. Celui-ci offrait plusieurs programmes spécialisés en arts et abritait la réputée Galerie d’art de Matane. L’effervescence du milieu donna naissance à une troupe de jeunes comédiens émergents, qui mirent sur pied un collectif au service du théâtre expérimental.

Dans les années 90, Québec devient la nouvelle terre d’accueil des Productions Recto-Verso. Plusieurs évènements mènent l’organisme à multiplier rapidement les mandats, ceux-ci versant désormais dans la production, la diffusion d’œuvres multi, l’accueil d’artistes en résidence, l’organisation d’un festival ( Mois Multi ) et la gestion de deux salles spécialisées importantes à Québec : la salle Multi et le studio d’Essai de la Coopérative Méduse.

Et qu’est-ce que l’art multi, au juste? « C’est habituellement la catégorie que l’on réserve aux œuvres inclassables », avance Gaëtan Gosselin, directeur général de l’organisme. « Ni théâtre, ni danse, ni arts visuels, ni musique… Mais un peu de tout ça. Nous pouvons dire que l’art multi repose sur un mode de création qui cherche à fusionner des cultures et des pratiques artistiques », continue-t-il. « La performance, l’installation, l’expérimentation scénique, l’art relationnel et participatif, l’art action, l’intervention, l’art immersif et interactif, l’art public et d’infiltration, l’art méditatif, l’art ambulatoire et toutes autres expressions de même nature font partie de la démarche multidisciplinaire » affirme-t-il. C’est l’art de « l’ouverture d’esprit ». Ainsi, tout repose sur le processus de création, ce qui en fait une discipline complexe, incertaine et complètement à part. « L’art multi induit aussi de nouvelles expériences et de nouvelles relations avec le public, créant de l’interaction, des sensations, de l’immersion. »

Les avancées technologiques – l’apparition de l’électricité, puis de l’électronique, de l’informatique et finalement du numérique – ont modifié considérablement les paramètres de la création artistique traditionnelle. Marcel Duchamp est un des précurseurs du genre avec son « hit » de l’urinoir, une œuvre intitulée Fontaine ( 1917 ). Elle est apparemment l’œuvre la plus controversée du XXe siècle. Fontaine révolutionne le milieu des arts, car « elle indique une autre façon de penser », soutient monsieur Gosselin. L’objet ainsi retiré de son cadre habituel perd sa valeur d’usage et l’artiste lui donne une toute nouvelle signification. John Cage, un autre précurseur, provoque une rupture importante dans les règles de la musique dans les années 40 par le démantèlement de la hiérarchie des orchestres et en encourageant l’expérimentation sonore. Suivront plusieurs artistes, dont Merce Cunningham ( danse ), Christo et Jeanne-Claude ( arts visuels ), Nam June Paik ( art vidéo ), Andy Wharol ( peintre, auteur, réalisateur, etc. ), Robert Filliou ( théâtre, poésie )…

Aujourd’hui, l’art multi n’est plus une chasse gardée. « Il a ébranlé les domaines artistiques traditionnels! L’art multi est une idée autour de laquelle se développent des univers artistiques renouvelés, qui impliquent des collaborations, qui évoluent dans le principe d’incertitude et dans lesquels le public est parachuté sans ses repères habituels. C’est une conjugaison d’expertise, de savoir-faire dans un processus très souple, indéterminé et indéfini », confie le directeur.

À Québec, plusieurs artistes s’illustrent brillamment. Diane Landry, Robert Faguy, Émile Morin, James Partaik, Claudie Gagnon, Richard Martel, Daniel Danis, Hélène Matte, Christian Lapointe, Laurence Brunelle-Côté, Simon Drouin et Robert Lepage, entre autres. Recto-Verso (producteur du Mois Multi) est un pôle majeur de cette discipline dans la capitale.

Du haut de ses trente ans, Recto-Verso multiplie les collaborations. À sa direction artistique se trouvent trois têtes qui mènent de nombreux projets de production : Daniel Danis, Christian Lapointe et Line Nault. Le Mois Multi tient la cadence sous la gouverne de Vivianne Paradis. Et tout ça, avec le soutien d’une équipe qui compte de nombreux collaborateurs. Espérons que, dans un avenir rapproché, Productions Recto-Verso puisse proposer une programmation annuelle, permettant une diffusion constante d’œuvres multidisciplinaires qui n’ont pas fini
de nous étonner!

mmrectoverso.org

Gaétan Gosselin, directeur général des Productions Recto-Verso. Photo Pascal HUOT
Gaétan Gosselin, directeur général des Productions Recto-Verso. Photo Pascal HUOT
Cœur de mailles