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Parole aux artistes : le bijou contemporain

Photo Karine GOSSELIN

Photo Karine GOSSELIN

Michel-Alain FORGUES, maître-joaillier

Le bijou est entré dans ma vie alors que j’étudiais à l’Institut des arts appliqués à Montréal au milieu des années 1960. C’était alors un milieu très fermé, très difficile d’accès. Il était presque impossible de se documenter et encore moins d’avoir quelque soutien technique. C’est donc petit à petit et par essais et erreurs que l’apprentissage s’est fait pour moi.

Le travail du métal et de la cire est vite devenu une passion. J’y ai découvert un monde captivant : pouvoir transformer les métaux et la cire et les lier à différents matériaux pour en faire des bijoux, des sculptures et des objets variés.

Le travail du métal en joaillerie est un monde très vaste, presque sans limites : on peut le fondre, le marteler, le former, le couler, etc.

La joaillerie m’a surtout permis de découvrir un médium passionnant me permettant d’exprimer mes états d’âme et ma créativité. Ce qui me passionne le plus dans ce métier, c’est la liberté d’expression qu’il me procure selon mes propres contraintes et visions.

 

Photo Maude DEMERS
Photo Maude DEMERS

Anne-Marie RÉBILLARD, artiste joaillière

Il y a souvent (toujours, peut-être?), enfoui dans nos mémoires d’enfants, le souvenir d’un bijou qui nous a fascinés. C’est ce qui m’a d’abord interpellée quand j’ai entrepris ma formation en joaillerie il y a 15 ans. Par la suite, mon parcours et mes intérêts se sont progressivement orientés vers le bijou d’art.

Aujourd’hui, ma pratique s’inscrit dans une approche contemporaine du bijou : je ne me limite plus aux seuls métaux précieux, mais je travaille plutôt avec différents matériaux non traditionnels en joaillerie (textile, plastique, papier, bois, etc.). J’utilise le bijou comme un medium d’expression à part entière. Je veux communiquer; je veux dire à travers mes bijoux, et je souhaite que la personne qui les porte puisse s’exprimer. Parvenir à condenser mes réflexions complexes et illimitées dans un objet que l’on peut contenir dans l’espace de nos mains : voilà ce qui m’obsède et me motive à poursuivre mon travail.

 

Photo Jean-François GRAVEL
Photo Jean-François GRAVEL

Sonia BEAUCHESNE, artiste joaillière

Je m’intéresse au bijou depuis plus de 20 ans. Jeune, je voulais voyager en vendant mes bijoux à travers le monde. C’est ce qui m’a amenée au DEC en joaillerie au Cégep Limoilou. Par la suite, j’ai pu vendre mes collections et pièces de recherche dans des salons professionnels, boutiques et galeries au Canada, aux États-Unis et jusqu’en Corée du Sud.

Ma pratique récente se situe davantage en bijou contemporain car j’y sens moins de contraintes. Je suis d’ailleurs membre du collectif d’artistes en bijou contemporain Filière 11 (voir page 24).

De plus, j’enseigne maintenant moi-même au DEC et je suis présidente du centre MATERIA, le seul centre d’artistes en métiers d’art au Canada (et c’est à Québec!). Ma passion s’étend maintenant aux métiers d’art actuels!

 

Photo Simon DOUVILLE
Photo Simon DOUVILLE

Aaron BASS, artiste joaillier

Diplômé en 2008 de l’École de Joaillerie de Québec, je me suis rapidement intéressé aux nouvelles technologies en métiers d’art. En 2008, j’ai appris de façon autodidacte à utiliser le logiciel Matrix, qui me permet de modéliser mes créations avant d’imprimer mon prototype sur une imprimante 3D. Le resultat en cire est ensuite coulé en métaux précieux.

Initialement destiné à la production de pièces industrielles, le design assisté par ordinateur a fait son apparition dans le marché du bijou grâce à son extrême précision. Cette technologie me permet de développer des structures ultrafines, quasi impossibles à créer autrement.

La technologie fait partie intégrante de ma démarche artistique. Mes designs sont inspirés des formes naturelles, des phénomènes physiques, de la fractale, des mouvances naturelles, des textures végétales et terrestres. Ces choix se traduisent dans mes pièces en un chaos contrôlé.

 

Photo Jean-François GRAVEL
Photo Jean-François GRAVEL

Sarah THIBAULT, joaillière et sculpteure

Le bijou est pour moi intéressant de différentes manières. C’est un objet ayant une puissante symbolique.
Objet de parure utilisé afin d’exhiber fortune, rang social, bon goût ou simplement une appartenance à un groupe, il est également porteur d’une intimité particulière.

C’est pour moi un objet qui représente bien le flou entre les zones publiques et privées. Dans mon travail en arts visuels, c’est cette ambiguïté qui m’intéresse. J’intègre donc des références au côté opulent de la joaillerie à mes sculptures en papier mâché afin que se côtoient grotesquement le désir de paraître et le besoin d’être.

Mes réflexions entourant la joaillerie m’ont donc poussée à me questionner sur le rapport du corps à l’objet ainsi que sur l’interférence de ce dernier dans nos relations sociales. Le bijou reste donc bien ancré dans ma pratique, même en sculpture.

 

Photo Simon DOUVILLE
Photo Simon DOUVILLE

Mélanie DENIS, artiste joaillière

Avant d’entreprendre une formation technique en joaillerie, j’ai d’abord complété un baccalauréat en arts visuels. Je dirais que mon attirance pour le bijou vient du fait que j’affectionne la sculpture miniature. Le bijou devient alors une œuvre d’art et un objet portable, relationnel et communicationnel.

Pour moi, l’idée transmise à travers le bijou s’éloigne de l’aspect purement décoratif. L’œuvre évolue vers l’émotion, la réflexion et la narration, mais sa finalité et son support demeurent le corps, le pivot même du processus créatif.

Tout en gardant l’utilité première du bijou, je tente de bousculer les techniques traditionnelles de fabrication, et ce, par l’arrimage de matériaux industriels tels le béton, l’asphalte ou l’acier rouillé.

Cœur de mailles