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Parole aux artistes : théâtre

 

Photo Hélène BOUFFARD et Stéphane BOURGEOIS
Photo Hélène BOUFFARD et Stéphane BOURGEOIS

Amandine GAUTHIER, directrice administrative et codirectrice générale du Théâtre du Trident

Avoir comme réflexe premier de vouloir parler de financement public de la culture. Parce que, manifestement, ça va mal. Et que ça n’ira pas en s’améliorant. Puis vouloir regarder plus loin, plus haut, plus lumineux. Parce que c’est le seul moyen de renouer avec ce qui fait l’immense beauté de nos métiers.

Faire du théâtre en 2014, c’est croire en l’humanité dans toutes ses aspérités. C’est accepter de plonger au cœur de ce qu’il y a de pire, et sublimer ce qu’il y a de meilleur. C’est s’extasier devant l’infini talent et la formidable audace de nos artistes, qui ont tant de choses à dire, à créer, à faire vivre et à faire vibrer. C’est aussi célébrer, communier, partager et vouloir être ensemble. C’est un bouillonnement, un embrasement, un surgissement.

Certes, on fait toujours ben juste du théâtre, on ne sauve pas des vies. Mais on le fait si bien et ça fait tant de bien que ça devrait être remboursé par l’assurance maladie.

Photo Jean-François GRAVEL
Photo Jean-François GRAVEL

Philippe SAVARD, metteur en scène, enseignant et comédien

Quand je pense au mot théâtre, deux autres mots me viennent en tête. Travail et plaisir.

Travail, parce que c’est mon métier. Travail, parce c’est ben de la job : on travaille tout le temps.

Quand on travaille, on rêve aux congés. Et quand on est en congé, on espère du travail. Mais c’est jamais ennuyant.

Plaisir, parce que c’est ben le fun de faire du théâtre. Et le jour où ça ne le sera plus, j’arrêterai d’en faire. Parce que si je n’ai pas de plaisir à travailler, je fais rien de bon. Faque je m’arrange pour que ce soit le fun. Pour moi et pour tous les autres qui m’accompagnent dans mon travail.

Et j’ai autant de plaisir à faire du théâtre qu’à aller en voir. Même quand c’est plate à mourir.

J’aime ça, aller au théâtre. Ça s’arrête là.

Donc… Travailler dans le plaisir. Plaisir
à travailler.

Et à voir le travail des autres. Faire du théâtre me rend heureux. Voilu.

Photo Jean-François GRAVEL
Photo Jean-François GRAVEL

Noémie O’FARRELL, comédienne et cofondatrice de la Vierge folle

Pourquoi faire du théâtre aujourd’hui? Pourquoi je fais ça, moi? Je pense qu’au fond, c’est ma façon d’avoir la foi. En l’être humain. En sa capacité à se regarder vraiment et à se reconnaître. Imparfait et magnifique. En son
pouvoir de se questionner sur lui-même. De s’émerveiller. De s’émouvoir. De
se révolter.

Je crois aux poèmes. À la tragédie. Aux rêves qui se réalisent. Au hasard. À la magie du quotidien.

Pour moi, le théâtre doit être une façon d’appeler le beau. Il doit chercher la lumière à tout prix. C’est un art fondamentalement fragile et donc vivant. Qui existe dans la rencontre. Qui nous tient tous ensemble. Au moins pour un moment.

Je m’appelle Noémie. J’ai décidé de faire du théâtre parce que j’aime les gens et la vie.

Et pour continuer d’espérer. Et peut-être parce que je suis un peu coucou aussi…

Photo Isabelle HOUDE
Photo Isabelle HOUDE

Sébastien DIONNE, concepteur de costumes

Mon théâtre, c’est celui de la collaboration. Un art de rencontres et de partage. Pour créer, j’ai besoin d’échanger avec les autres créateurs du spectacle afin de me nourrir et nous assurer d’une cohérence artistique commune.

Pour moi, le théâtre, c’est aussi l’occasion de plonger dans des univers complètement différents et uniques pour chaque projet. Montrer le beau et le laid, traduire le tragique comme le comique, côtoyer l’histoire et le contemporain.

En tant que créateur, je suis d’abord inspiré par la matière. J’aime errer dans les magasins de tissus et d’autres matériaux pour toucher, manipuler et laisser venir à moi les possibilités avant de tracer des lignes sur le papier. J’aime fouiller et trouver le bon détail. J’aime que ce soit un art vivant qui évolue. J’aime me donner la liberté d’ajuster mes costumes en collaboration avec les acteurs au moment de l’essayage où l’on voit naître le personnage. Et surtout, j’aime que le comédien soit bien et heureux et que son costume sache nous le faire oublier.

Photo Jean-François GRAVEL
Photo Jean-François GRAVEL

Mélissa BOLDUC, comédienne, auteure et metteure en scène

En 2014, tout va vite, tout est quantifiable, tout doit être rentable.

Le théâtre s’inscrit en marge, car il n’offre aucune garantie. Impossible, en sortant d’une pièce de théâtre, de compter les émotions vécues comme les push-up effectués au gym.

Impossible aussi de rayer quoi que ce soit de notre agenda, car « réfléchir sur notre société », « rire », « se laisser transporter », « s’émerveiller » sont des tâches qui ne figurent jamais sur nos sempiternelles to do list. Et pourtant.

Le théâtre nous oblige donc à être les deux pieds dans le moment présent. C’est un chèque en blanc que notre âme et notre esprit encaisseront un jour ou l’autre. Le théâtre, c’est croire en l’humain.

Croire qu’il est important de porter une parole et, surtout, de s’écouter. Croire qu’il y a quelque chose de magique dans le fait de se réunir dans un seul et même lieu. C’est croire que l’émotion est, et sera toujours, la plus belle fonction de la machine humaine.

Photo Jean-François GRAVEL
Photo Jean-François GRAVEL

Louis MORIN, directeur artistique chez Décibel et metteur en scène

Mettre en scène un spectacle n’est pas chose d’un seul esprit. Au contraire, l’application d’un dialogue entre les divers intervenants liés aux projets (concepteurs, interprètes, etc.) est très importante. Présentement, nous travaillons sur la production de Sweeney Todd qui sera présentée à l’automne au Capitole de Québec. J’ai eu à développer la ligne directrice du spectacle, mais j’ai aussi eu à développer l’équipe d’artistes et d’artisans qui allaient, par leurs qualités personnelles et artistiques, propulser le projet encore plus loin. Lorsque j’étais au baccalauréat en théâtre à l’Université Laval, Jacques Lessard nous disait souvent : « Faire de la mise en scène, c’est faire des choix! » J’ajouterais qu’il faut savoir écouter aussi. Pour moi, développer un spectacle doit se faire en équipe tout en respectant une certaine hiérarchie de travail. Cette hiérarchie permet à tout un chacun de s’investir tout en respectant le travail des autres membres de l’équipe. Elle permet aussi d’avancer plus rapidement et renforce les liens à l’intérieur de la compagnie.

Cœur de mailles