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Parole aux artistes : dévoiler ses influences

Photo Catherine GALLICHAND
Photo Catherine GALLICHAND

Ophélie CUILLERIER, artiste en construction textile

J’ai toujours été fascinée par la nature; l’observation de celle-ci me pousse à des questionnements et à des réflexions sur l’existence qui se manifestent dans mon travail. Mon admiration et la conscience de notre dépendance à celle-ci influencent mes choix dans les matériaux et les procédés que j’utilise. Le respect de l’environnement et des êtres vivants est important dans ma démarche.

J’affectionne particulièrement les fibres naturelles d’origine animale ou végétale. J’utilise aussi des textiles recyclés pour compléter certaines pièces. La teinture fait partie intégrante de mon travail; c’est ce qui caractérise mes créations. Leur aspect tribal est inspiré de techniques indonésiennes et asiatiques de teinture par réserve. Je crée mes propres couleurs de manière à les agencer avec la teinte naturelle de la matière. Ainsi, j’obtiens une profondeur, une richesse de texture, mais c’est le tissage et le tricot qui donnent tout son sens à la fibre teinte. Des motifs apparaissent sous mes yeux, comme des traits de pinceaux sur un canevas. C’est l’étape cruciale, c’est ma récompense!

Photo Catherine GALLICHAND
Photo Catherine GALLICHAND

Loriane THIBODEAU, céramiste

Depuis maintenant 10 ans, je découvre l’argile. J’ai appris de plusieurs et il y a un peu d’eux à travers chacune de mes recherches. Plusieurs professeurs, quelques précieux mentors, beaucoup de collègues, tout plein d’élèves… Autant de visions de la même action, celle de « faire ».

Apprendre par les mains d’un professionnel, c’est magnifique. Montrer, très humblement, comment répéter certains gestes millénaires à un élève, c’est vraiment un honneur.

Partager avec une potière, peu importe son pays d’origine, qu’il y a décidément quelque chose (je ne sais pas encore tout à fait quoi) de très singulier à fabriquer une architecture autour du vide, c’est être comprise profondément.

Expliquer à un passant que de mettre autant d’efforts à travailler à l’aveugle, c’est malgré tout gratifiant. La cuisson dictera le résultat. Tout comme la pièce en elle-même : nous subirons.

Parler des métiers d’art, des savoir-faire, c’est essentiel pour les garder en vie. Mais, plus que tout, « faire » est la seule véritable réponse. Je retourne donc de ce pas à l’atelier.

Photo Jean-François GRAVEL
Photo Jean-François GRAVEL

Marc-André ROUSSEAU, luthier

La lutherie est un art qui doit avant tout servir la musique et le musicien. Il s’agit d’une alliance entre des aspects techniques de précision et une recherche artistique raffinée et personnalisée. L’instrument, qu’il soit acoustique ou électrique, doit avoir une sonorité riche, un confort de jeu parfait et des qualités esthétiques qui le rendent unique. Mon désir est que l’instrument que je conçois ait une “âme”.

Je m’inspire des guitares qui sont devenues des classiques à travers les années et bien sûr des musiciens qui les ont jouées. Chaque instrument qui passe entre mes mains pour une réparation peut devenir une inspiration. Les pièces de bois me guident aussi souvent dans ma création, et des essences indigènes et exotiques sont utilisées pour différentes qualités esthétiques et sonores. Je crée de façon assez intuitive et je laisse le projet évoluer de manière spontanée.

C’est avec la lutherie que j’ai trouvé ma voie. C’est un art qui me ressemble puisque j’y trouve un équilibre entre la créativité, le travail d’artisan et la musique.

Photo Camille Breton SKAGEN
Photo Camille Breton SKAGEN

Julien LEBARGY, sculpteur

Peintres, écrivains, sculpteurs, scientifiques, personne lambda, peu importe la discipline, leur statut ou leur rôle, je trouve chez eux des influences qui deviennent mes propres outils.

J’ai appris de plusieurs « maîtres », parfois en relation exclusive, parfois par le biais d’ouvrages.

Outre le transfert, il me semble que le défi réside en la synthèse de l’ensemble de nos influences.

Je vois dans la passation du savoir et du savoir-faire une marque d’humilité de notre société technologique à l’égard de l’expérience, du passé et de l’histoire. Aussi positif que cela puisse être, j’y perçois la possibilité de m’inscrire dans une continuité sociale en laissant au travers de l’objet sculpté, une réflexion teintée de ma propre expérience : une piste que peut-être d’autres pourraient suivre à leur tour.

Photo Catherine GALLICHAND
Photo Catherine GALLICHAND

Christine ORAIN, artisane textile

Comme ma langue maternelle, ma mère m’a transmis le langage textile.

Ce savoir, qui était utilisé par celle-ci à des fins de survie économique, est devenu pour moi une passion. Des années d’imprégnation inconsciente m’apparaissent aujourd’hui comme un héritage précieux qui m’a été légué! Tout comme la langue, le savoir-faire évolue. Je dirais même : doit évoluer!

Dans un contexte de globalisation, le savoir-faire s’enrichit au contact des autres cultures; se nourrir des savoirs ancestraux afin d’apprendre, digérer et restituer le tout de façon très personnelle. Cette curiosité devient progressivement mon principal moteur de création.

Après une période de production intensive, je redécouvre le plaisir de la lenteur, le goût des projets longs, un point à la fois, à l’image de certains artisans dans des pays moins soumis aux contraintes de productivité.

Devenue à mon tour un maillon dans la chaîne de transmission, j’assiste avec bonheur au miracle de chaque personne se découvrant des talents d’artisan.

Photo Sylvie BEAULIEU
Photo Sylvie BEAULIEU

Catherine SHEEDY, créatrice en bijou contemporain

Ce qui m’incite à faire de l’art, c’est à la fois le besoin de m’exprimer et une soif de découvertes. Pour m’aider dans ce cheminement, à des moments charnières, j’ai eu la chance d’être guidée par des mentors tels que Chantal Gilbert, Andrea Wagner et Noël Guyomarc’h.

Combiné à une formation technique et universitaire, l’apprentissage auprès de maîtres est une nécessité. Ces perfectionnements m’amènent à explorer des méthodes de création déstabilisantes et à utiliser divers matériaux qui me poussent à revisiter mes savoir-faire en joaillerie. En ce moment, c’est le travail du verre qui me fascine et me confronte.

À l’instar des sculptures installatives que j’ai créées et qui s’adaptaient aux lieux, les sculptures portables que je conçois sont appelées à interagir avec le corps qui devient le support de l’œuvre. Ce rapport à l’humain m’amène à me questionner sur mon interrelation avec l’environnement naturel et construit dans lequel j’évolue.

Cœur de mailles