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Une réflexion sociale

 

Photo Stéphane BLACKBURN
Noel GUYOMARC’H. Photo Stéphane BLACKBURN

Figure d’influence du domaine du bijou contemporain au Québec et au Canada, Noel Guyomarc’h travaille quotidiennement à faire connaitre cet art en pleine effervescence. Propriétaire d’une des quelques dizaines de galeries au monde ayant comme mandat de diffuser le bijou contemporain, il cultive auprès des artistes et de ses clients l’exploration du bijou sous toutes ses formes, des matériaux utilisés jusqu’à sa portée sociale.

Qu’est-ce qu’on entend par bijou contemporain?

C’est le résultat d’un questionnement, d’une vision, d’une réflexion de l’artiste sur le monde, son environnement, sa communauté et sur l’objet. Quels que soient les matériaux et les techniques employées, l’artiste explore de nouveaux designs, de nouvelles esthétiques.

Quelle est la distinction principale entre le bijou contemporain et la joaillerie dite traditionnelle?

D’abord, les artistes qui font du bijou contemporain ne suivent pas nécessairement une formation en joaillerie. Ce n’est donc pas automatiquement lié à la tradition ou au savoir-faire. On peut aller chercher toutes sortes de matériaux pour les mettre ensemble et créer un langage très personnel. Ce qui détermine le bijou contemporain, c’est la recherche qu’il y a derrière une œuvre. Ce sont en fait des bijoux plus significatifs : quand on porte un bijou de ce genre, on porte aussi le message ou la réflexion que l’artiste cherche à véhiculer à travers son œuvre. C’est une façon de se distinguer, de s’unifier, d’être en réflexion face à la société, en rébellion même. Dans ce type de bijou, l’intention artistique est plus forte que la technique ou la tradition.

Malgré l’absence de règles techniques lors de la création de ces bijoux, sont-ils tout de même conçus pour être portés et portables?

Pour moi, l’objectif est qu’ils soient portés. Je trouve que ça amplifie le sens. J’aime qu’on soit perturbé en portant une pièce. Non pas parce qu’elle n’est pas confortable, mais à cause de l’objet lui-même, de ce qu’il représente. Contrairement à ce que l’on pourrait trouver en boutique, ces bijoux ne répondent pas à la demande de la clientèle. L’artiste doit laisser place à son imaginaire sans se soucier du futur client. Il y a quand même quelques règles techniques à suivre si on ne veut pas que le bijou tombe ou se brise après cinq minutes, mais c’est au client de s’adapter à l’œuvre et non à l’œuvre de s’adapter aux gens.

Que diriez-vous de la situation du bijou contemporain au Québec et comment la galerie y contribue-t-elle?

Ça reste très marginal ici au Québec. La galerie existe depuis vingt ans et permet d’éduquer la clientèle sur cette forme d’art. Il y a très peu de galeries dédiées à cette discipline. On est peut-être trente ou quarante sur la planète, ce n’est rien!

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