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Réfléchir le savoir-faire

Musées de la civilisation, don du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec. Photo luc-Antoine COUTURIER
Musées de la civilisation, don du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, restauration effectuée par le Centre de conservation
du Québec. Photo luc-Antoine COUTURIER

Partenaire : Musée de la Civilisation

Les métiers d’art est un secteur en gestation aux Musées de la civilisation. Au fil du temps, les pièces d’arts textiles ou issues de tout autre savoir-faire se retrouvent de plus en plus nombreuses au sein des collections et des expositions. S’ensuit une réflexion qui marque en ce moment même les coulisses des Musées face à ces domaines.

Comme quoi il se trame au Musée de la civilisation de Québec des projets liés à la reconnaissance des savoir-faire, il faut savoir qu’une exposition sur les métiers d’art est en cours de réalisation pour le printemps 2015. Après tout, c’est un volet que l’institution souhaite développer dans les prochaines années, mais surtout redéfinir afin que le secteur soit exploité à son meilleur.

Cette volonté de relire le champ des métiers d’art est bien perçue par les conservatrices Nicole Grenier et Valérie Laforge, respectivement spécialistes des collections de costumes et de textiles aux MCQ. « En fait, nous sommes en train de faire une nouvelle lecture de l’organisation de l’ensemble de nos collections. L’axe du contemporain est notamment une forte préoccupation et oriente les choix que l’on fait pour demain », précise madame Laforge.

Pour bien situer la place des métiers artisanaux aux Musées, notamment les arts textiles, il faut donc tenir compte des cogitations en cours pour mieux les classifier et les mettre en valeur. Mais comme le souligne madame Grenier, « la filiation avec les métiers d’art qui témoignent de la tradition est naturelle. Ils se retrouvent partout, dans pratiquement toutes les collections, notamment dans la créativité de plusieurs artistes qui s’adonnent aux beaux-arts ».

Lorsqu’il est question d’arts textiles à proprement parler, les deux conservatrices d’expérience citent plusieurs collections où se trouvent des objets marquants. Dans le domaine du costume, par exemple, elles pensent d’emblée à la collection de vêtements tissés d’Anne Poussart acquise dans les années 80 alors qu’elle fréquentait les salons des métiers d’art. Il y a aussi la collection de Germaine Galarneau, qui a enseigné au ministère de l’Agriculture à la tête des Cercles des fermières avant les années 70 et qui a fait l’acquisition de textiles de partout dans le monde.

Plus récemment, les Musées de la civilisation ont acquis pour l’exposition Chapeau! (2011-2012) des chapeaux de chapelières contemporaines qui utilisent des techniques anciennes. Parmi la kyrielle d’autres pièces qui peuvent être citées, notons l’impressionnante robe de verre du designer Helmer Joseph et de l’artiste verrier Jean-Marie Giguère que le MCQ compte parmi ses objets vedettes. « Cela démontre ici que les travaux de l’artiste et de l’artisan sont complémentaires. Les frontières sont tellement loin d’être étanches lorsqu’il est question de métiers d’art et d’arts visuels », rappelle la conservatrice Valérie Laforge.

C’est d’ailleurs ce qui mène Nicole Grenier à préciser que lorsqu’elle exerce son travail, elle ne s’arrête pas au fait que l’objet réponde davantage aux critères des beaux-arts ou plutôt à ceux des métiers d’art. Elle réfléchit plutôt à la singularité et à l’importance du créateur ou encore à la rareté et à l’histoire de la pièce. Les critères à respecter sont nombreux au MCQ et madame Grenier se demande toujours en quoi et comment l’objet convoité complètera la collection de leur musée dont le mandat consiste à mettre en valeur la société québécoise tout ayant le souci de la situer dans le monde.

Faire des choix judicieux, notamment pour les arts textiles, demeure pour les conservatrices un perpétuel défi. La distance à évaluer s’avère étroite quand vient le moment de jauger des objets issus de l’époque contemporaine. Il faut aussi établir des liens avec les créateurs et les gens du milieu afin de stimuler les dons. À noter que les MCQ ne possèdent pas à proprement parler de budget d’acquisition. Leurs activités dans ce domaine reposent par conséquent sur un réseau de donateurs qu’ils ont su tisser au fil des ans.

En mentionnant de nouveau qu’au printemps 2015 une exposition portera sur l’ensemble des métiers d’art, les conservatrices rappellent que les arts et les artisanats qui utilisent des tissus de tout acabit font actuellement partie des sujets analysés et décortiqués. Après tout, c’est en situant clairement et en réfléchissant ces différents domaines que les Musées de la civilisation réussiront à mieux percevoir l’essentiel. C’est du moins le pari que font Nicole Grenier et Valérie Laforge, deux conservatrices qui auront passé leur vie à explorer le beau et les arts textiles.

Les Musées de la civilisation sont : le Musée de la civilisation, le Musée de l’Amérique francophone, le Musée de la Place Royale, la Maison historique Chevalier et le Centre national de conservation et d’études des collections.

Cœur de mailles