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Menaces et opportunités du numérique

La Bourse RIDEAU battait son plein à Québec en février dernier. Comme chaque année, plus d’un millier de personnes – artistes, agents d’artistes, maisons de disque, programmateurs de salle de spectacle, tourneurs, représentants de l’industrie de la musique, etc. – se retrouvent pour, entre autres, boucler leur programmation de spectacles. Photo de Louise Leblanc.
La Bourse RIDEAU battait son plein à Québec en février dernier. Photo de Louise Leblanc.

La Bourse RIDEAU battait son plein à Québec en février dernier. Comme chaque année, plus d’un millier de personnes – artistes, agents d’artistes, maisons de disque, programmateurs de salle de spectacle, tourneurs, représentants de l’industrie de la musique, etc. – se retrouvaient pour, entre autres, boucler leur programmation de spectacles. Cette année, ils viennent des quatre coins de la province de Québec, du Canada francophone, d’Haïti et de l’Europe. C’est le plus gros rendez-vous du show-business francophone en Amérique du Nord.

Lors de ce rendez-vous attendu, il y a toujours un espace dédié aux échanges et aux débats. Habituellement, c’est le lundi. Avec le Plan culturel numérique du Québec du ministère de la Culture et des Communications, lancé en 2014, le thème Numérique et les arts de la scène s’est imposé.

Numérisation de l’industrie du spectacle

Pas moins de 17 rendez-vous – panels, conférences, présentations, ateliers… – étaient programmés lors de cette unique journée. Quatre œuvres numériques et installations étaient également présentées, dont du graffiti numérique. Près de 50 professionnels et panélistes ont animé ces rencontres. Les sujets étaient multiples et touchaient autant les médias que l’utilisation du numérique par des diffuseurs pour des projets de médiation culturelle.

Parmi tout ça, deux rencontres ont retenu l’attention de BAZZART, soit l’histoire couronnée de succès de l’Opéra de Rennes, en France, et le Guide de mise en marché de la musique francophone (MQF).

Rozenn Chambard, secrétaire générale de l’Opéra de Rennes, retraçait les différentes réalisations portées par une politique d’ouverture des publics qui a fait ses preuves. Photo de Louise Leblanc.
Rozenn Chambard, secrétaire générale de l’Opéra de Rennes, retraçait les différentes réalisations portées par une politique d’ouverture des publics qui a fait ses preuves. Photo de Louise Leblanc.

Depuis 2009, le petit opéra de Bretagne se démarque en étant dans l’avant-garde du développement d’outils numériques pour le développement de public. Et toutes ces démarches connaissent un réel succès avec un taux d’achalandage de… 120% pour leurs gros titres! L’équipe à la tête de tout ce déploiement est composée de 1,5 personne (!) et de plusieurs partenaires très impliqués. Les grandes entreprises de la région, les start-ups, les institutions publiques et universitaires et les labos de recherche sont les plus proches collaborateurs, qui font toute la différence. Il faut souligner la politique d’ouverture de l’établissement, qui y est aussi pour beaucoup. Ensuite, souligne Rozenn Chambard, secrétaire générale de l’Opéra de Rennes, il s’agit d’être créatif. Ils ont mis en place un parcours Découverte, créé une visite virtuelle, fait de la rediffusion en plein air – gratuite et très large sur l’ensemble de la région –, planifié des ateliers de chant extérieurs, élaboré des applications ludiques… Voyez leur site Internet qui retrace les grandes lignes. C’est assurément une utilisation positive et mesurée du numérique, au service de la population.

Annie Provencher, directrice des affaires réglementaires et de la recherche à l'ADISQ, lors de sa présentation du guide de mise en marché de la musique québécoise francophone (MQF). Photo de Louise Leblanc.
Annie Provencher, directrice des affaires réglementaires et de la recherche à l’ADISQ, lors de sa présentation du guide de mise en marché de la musique québécoise francophone (MQF). Photo de Louise Leblanc.

Question de voir un peu comment évolue l’industrie du disque et du spectacle de musique québécoise, quoi de mieux que des statistiques? En version accélérée, les participants ont eu droit à un survol des résultats de recherches : le Guide de mise en marché de la musique québécoise francophone (MQF). Oui, le numérique gagne du terrain, mais pas sur tous les fronts. Bien que la télévision et la radio demeurent pour le moment les meilleurs vecteurs pour promouvoir la musique, les médias sociaux, les sites de nouvelles et les journaux numériques gagnent rapidement du terrain, jouant dangereusement du coude avec le bouche-à-oreille. Du côté des habitudes musicales, les Québécois auraient une tendance à la baisse en ce qui concerne l’écoute de musique en général, mais aussi en ce qui concerne la musique québécoise. Le support CD et les fichiers numériques sont presque autant utilisés l’un que l’autre, mais une légère avance se note du côté numérique. Le grand vecteur numérique demeure YouTube, mais il a perdu 18% au bénéfice des sites Internet des radios conventionnelles et du streaming. Spotify et Google Play sont les deux plateformes préférées d’écoute en continu. Moins de 20% des mélomanes qui utilisent Internet pour écouter leur musique sont prêts à payer pour leur musique. Et ça continue comme ça… Comme nous pouvons le constater, les tendances sont lourdes et les changements s’accélèrent. Tout ceci crée une certaine inquiétude : comment assurer un avenir à nos artistes avec de telles conditions?

Cette étude a été menée en deux temps, soit une première vague de questions en 2012, suivi de la suivante en 2015. Apparemment, de nouvelles données seraient à prévoir sous peu. Cliquez ici pour plus de statistiques sur le sujet.

Et finalement, pour terminer cette journée d’échange, un panel avec des gens du public, pour la plupart des amateurs de spectacles sur scène, théâtre, danse et musique confondus, était organisé. Par contre, il faut le dire, plusieurs avaient les deux pieds bien enracinés dans l’industrie des arts de la scène, ce qui biaisait probablement leurs interventions. Dans l’ensemble, les réponses étaient plutôt rassurantes pour les diffuseurs, qui restent plutôt confrontés au virage numérique qui s’opère auprès du public. Dans les grandes lignes, la conclusion de ces échanges semble être que le numérique ne doit pas être employée à la légère. Son utilisation doit rester simple et en aucun cas remplacer l’expérience sensorielle du spectacle en direct. Par exemple, des lunettes qui prémâcheraient en direct l’histoire du Lac des cygnes grâce à des sous-titres qui apparaissent au fil de la présentation ne sont pas nécessairement vues comme un élément positif. Autant les panélistes que des gens de l’industrie étaient majoritairement positionnés contre cette idée, car le gadget ferait de l’interférence à l’expérience artistique. Par contre, l’achat de billets en ligne, quand le système est bien fait : pourquoi pas! Tant que l’exercice est transparent sur les frais relatifs à l’exercice. En clair, oui, vive le numérique, mais qu’il se tienne tranquille. Il demeure un outil, pas la fin en soi. L’industrie du spectacle n’est pas prête à tous les compromis. Cela dit, comment les diffuseurs réussiront-ils à imposer leurs directions auprès des générations Web? La question reste entière.

La question qui est restée à moitié approfondie demeure celle sur les opportunités grandissantes de visionner au cinéma ou dans les salles de spectacles (des régions éloignées, notamment) des opéras, des ballets, des spectacles en rediffusion en direct. Une dame dans l’assemblée a annoncé le début de la fin des organismes diffuseurs de spectacles au Québec (et dans le reste du monde) d’ici 2030. Voilà une vision qui fait réfléchir.

La Bourse RIDEAU

En plus des vitrines, un « Marché » est organisé, où les agents d’artistes, maisons de disques et tourneurs réservent un kiosque pour vendre leurs « shows ». Photo de Louise Leblanc.
En plus des vitrines, un « Marché » est organisé, où les agents d’artistes, maisons de disques et tourneurs réservent un kiosque pour vendre leurs « shows ». Photo de Louise Leblanc.

Un des volets importants de la Bourse est sans contredit les vitrines qu’elle offre aux artistes. Sous forme de concours (appel de propositions), plusieurs spectacles de musique, de danse, de théâtre et de cirque sont offerts en format express. Les programmateurs peuvent alors avoir une idée concrète de la proposition de l’artiste avant de le mettre à leur programmation l’an prochain, parfois même dans un horizon de deux ans, rarement dans les prochains mois. En plus des vitrines, un « Marché » est organisé, où les agents d’artistes, maisons de disques et tourneurs réservent un kiosque pour vendre leurs shows.

Les mélomanes et les amateurs de culture québécoise sont choyés, car ils peuvent eux aussi assister à ces représentations où l’on voit normalement des primeurs. À cette édition de 2017, 55 vitrines étaient proposées, dont celles d’artistes de la relève, comme Caroline Savoie, une jeune acadienne, mais aussi des artistes émergés et établis, comme Klö Pelgag et Alexandre Désilets. Et il y a les artistes aguerris, comme Karen Young. Ils viennent proposer leur dernier projet et espèrent plaire aux programmateurs dans un 20 minutes éclair. Il y a aussi un peu de jazz, notamment Simone Prattico (batteur italien) et Misc (trio de Montréal), qui avaient la chance de se produire.

Normalement, plusieurs de ces spectacles seront à l’affiche partout au Québec… l’an prochain!

Extrait du spectacle "fen(^)tre" du Cirque Les Improbables. Crédit photo : Louise Leblanc.
Extrait du spectacle “fen(^)tre” du Cirque Les Improbables. Crédit photo : Louise Leblanc.
"Au train où vont les choses..." un production Les Chemins errants (théâtre jeunesse). Photo Louise Leblanc.
“Au train où vont les choses…” un production Les Chemins errants (théâtre jeunesse). Photo Louise Leblanc.
Cœur de mailles