Accueil / 2008 – Vol. 2 No 2 / L’art brut comme médecine douce

L’art brut comme médecine douce

Photographies par Jean-François GRAVEL
Photographies par Jean-François GRAVEL

Par Amélie MARCOUX

 

Ils font de la peinture acrylique, de la sculpture, du dessin, du collage. À l’Atelier de la mezzanine, les artistes viennent créer, rencontrer des gens, discuter, se divertir, mais surtout se faire du bien.

Une à deux fois par semaine, Raymond, Marie-Dominique, Serge, Claude et plus de trente autres créateurs se déplacent à l’Atelier de la mezzanine, au cœur du Complexe Méduse, pour exercer leur art. Cet espace de création est ouvert tous les jours de la semaine à des artistes vivant avec des problèmes de santé mentale tels que la dépression, la schizophrénie ou les troubles bipolaires ou les ayant surmontés.

Le poids du diagnostic

Si les artistes de l’Atelier de la mezzanine ont tous un problème de santé mentale, c’est plutôt sur l’art qu’on y met l’accent, et non sur la maladie. L’un des quatre superviseurs (qui sont eux-mêmes artistes), Jacky Chassé, côtoie cette petite communauté, dont certains membres fréquentent le local depuis plus de huit ans, sans toutefois connaître leurs maladies. Selon lui, l’Atelier offre « l’occasion d’être autre chose que juste leur diagnostic. »

Car ce diagnostic, il pèse lourd au quotidien ! « La maladie hypothèque une vie », confie le peintre Raymond Gariépy. Il dit vivre quotidiennement le rejet de la société, qui stigmatise les gens ayant des problèmes de santé mentale. C’est pour cela qu’il se sent le bienvenu quand il arrive à l’Atelier. Il croit que chaque artiste vient combler un besoin en ce lieu de création. Dans son cas, c’est le besoin de gratification parce que « vivre avec un problème de santé mentale, c’est pas facile pour l’ego ». Raymond a de la difficulté à se concentrer à cause des médicaments qu’il prend, mais quand il peint, la concentration lui vient plus aisément. La peinture est également sa façon de communiquer. Dans sa toile, intitulée « Haute-Ville/Basse-Ville », il illustre comment, en perdant la santé mentale, il a perdu la santé financière et a déménagé d’un milieu aisé de lahaute-ville à un quartier pauvre de la basse-ville.

Serge Demers et son œuvre inachévée. Photographies par Jean-François GRAVEL
Serge Demers et son œuvre inachévée. Photographies par Jean-François GRAVEL
Denis Belleau. Photographies par Jean-François GRAVEL
Denis Belleau. Photographies par Jean-François GRAVEL

Une vitrine pour les artistes

En plus d’être un lieu de création, l’Atelier de la mezzanine fournit du matériel et offre une visibilité aux créateurs, qui sont appelés à exposer leurs œuvres à l’extérieur des murs du Complexe Méduse; parfois même à des endroits très fréquentés, comme sur la rue St-Jean. Les locaux de la Mezzanine sont également mis à la disposition des membres qui désireraient monter une exposition solo.

Pour le peintre Claude Bussières, cette ouverture par l’exposition est l’un des aspects les plus intéressants de l’organisme. Il en prépare d’ailleurs une pour septembre 2009. « Ça me motive à peindre », affirme-t-il. Avant de fréquenter l’Atelier de la mezzanine, Claude peignait depuis plus de vingt ans, mais n’avait pour tout public que ses proches. Depuis qu’il est membre de l’Atelier, il a la chance de partager ses œuvres avec le grand public. « Les commentaires des autres m’ont encouragé quand je doutais de moi », explique-t-il en ajoutant que, pour lui comme pour ses confrères et consœurs de création, l’art est un baume sur une estime de soi meurtrie.

De l’art-thérapie?

Tous s’entendent pour répondre à cette question par l’affirmative. Raymond qualifie d’ailleurs ses journées passées à l’atelier de « thérapeutiques ». Marie-Dominique explique quant à elle que l’objectif premier des artistes qui fréquentent l’Atelier de la mezzanine n’est pas de faire de l’art-thérapie, mais que « ça finit par servir à ça ». Les propos de l’accompagnateur, Jacky Chassé, abondent d’ailleurs dans le même sens : « Ici, on ne pratique pas l’art-thérapie, mais ce concept est toutefois inévitable parce que chaque fois qu’on fait de l’art, c’est thérapeutique. »

Pour Anne-Claire Pilote, la coordonnatrice de l’organisme, le mandat de l’Atelier de la mezzanine ne correspond pas à une démarche d’art-thérapie. Dans ce concept, c’est la démarche thérapeutique qui est importante et non le résultat. « Ici, les créateurs ont une vraie démarche artistique », souligne-t-elle. L’Atelier de la mezzanine est d’ailleurs le seul organisme au Québec à avoir un mandat semblable auprès des artistes ayant eu ou ayant des problèmes de santé mentale. La coordonnatrice ajoute enfin qu’il ne faut pas confondre ce qui s’y fait avec un cours d’art ou une activité encadrée, comme il se fait dans plusieurs autres organismes de santé mentale.

Les membres de l’Atelier peuvent également y obtenir les conseils de leurs collègues, des accompagnateurs ou encore, plus spécialement, d’artistes professionnels invités à les aider à développer leurs démarches respectives. À ce titre, Jacky Chassé ne se définit ni comme un professeur, ni comme un conseiller. Il a seulement pour rôle d’être là pour les artistes : « Le plus souvent, ils me demandent simplement : «Qu’est-ce que tu en penses ?» ». Les créateurs qui fréquentent l’Atelier de la mezzanine sont bien conscients du caractère spécialement coopératif de ce lieu. Ils apprécient le fait d’exercer leur art dans un lieu commun, d’être inspirés par l’activité de l’autre, de pouvoir échanger et de se faire du bien au quotidien. ■

Annie Gervais. Photographies par Jean-François GRAVEL
Annie Gervais. Photographies par Jean-François GRAVEL

Pour en savoir plus….

Vous pouvez visionner un court documentaire réalisé par Henry Bernadet à propos de l’atelier Mezzanine sur internet à l’adresse suivante:

http://meduse.org/ateliermezzanine/atelier.html

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