Accueil / 2007 – Vol. 1 No 1 / La technologie au service de l’art

La technologie au service de l’art

Photo Courtoisie
Photo Courtoisie

Par Marie-Ève ROY

 

Le théâtre a évolué avec l’avènement des nouvelles technologies et, aujourd’hui, le multimédia est intégré à de nombreuses mises en scène. Imaginez une pièce sans aucun décor… Quand la technologie est mise au service de l’art!

Cette pratique, qui est très à la mode aujourd’hui, ne date pourtant pas d’hier. Dès les années 1950, il était possible de retrouver des projections d’images dans certaines pièces de théâtre pour amplifier les effets des décors. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’intégration a donc été progressive. En fait, dès que la technologie a été disponible, de nouvelles pratiques ont vu le jour sur les scènes d’ici et d’ailleurs et elles n’ont pas cessé d’évoluer depuis.

À ce sujet, l’Université Laval a inauguré en 2004 le Lantiss, le Laboratoire des nouvelles technologies de l’image, du son et de la scène. Ce projet de recherche vise le développement des technologies de la scène en regroupant, en un même lieu, des artistes et des chercheurs de sciences appliquées. « L’Université Laval devient un leader en fusionnant créativité scientifique et créativité artistique », disait alors le recteur Michel Pigeon. « L’objectif avoué du Lantiss est d’établir un lien avec les créateurs de la région et les chercheurs de l’Université Laval autant qu’avec les artistes européens » disait M. Luis Thénon, responsable du projet dont la deuxième phase de construction s’achevait en novembre 2006. « Des étudiants en maîtrise et au doctorat font leurs travaux sur des problématiques aussi diversifiées que la robotique scénique, le numérique, la physique optique… et le théâtre! » poursuit-il. Ce lieu de partage accueille artistes et chercheurs en résidence, dont Christian Lapointe, metteur en scène montant à Québec, en permettant le développement de productions expérimentales en partenariat avec Avatar du complexe Méduse et le groupe Ex Machina de Robert Lepage. Ces installations sont d’ailleurs uniques au Québec et très rares au Canada : il n’y a que trois installations similaires au pays car elles coûtent très cher.

Cependant, le Lantiss n’est ni un diffuseur, ni un producteur, faisant office de centre de recherche aguerri, ce qui sécurise le milieu artistique de Québec. Le Lantiss est une bonne opportunité pour les créateurs d’expérimenter de nouvelles avenues avec des installations ultra performantes. À la salle principale de la première phase de la réalisation s’ajoutent deux studios, l’un visant l’étude du corps, l’autre le son.

Christian Lapointe fait partie de ces metteurs en scène qui utilisent le multimédia dans leurs productions. Contrairement à la plupart d’entre eux, il n’utilise pas les vidéos, mais plutôt l’infographie, c’est-à-dire la projection d’images. Il a d’ailleurs eu recours à cette technique lors de ses quatre dernières mises en scène, dont sa pièce Axël, où les décors étaient entièrement projetés sur un grand écran placé derrière ses acteurs. « Cela permet de faire des changements de scène beaucoup plus rapides et d’éviter une importante charge de travail en ce qui concerne la construction des décors » confie-t-il lors d’une entrevue téléphonique accordée à BAZZART. Bref, « un seul homme peut maintenant faire le travail d’une équipe d’ouvriers toute entière ». Ce n’est pas beau le progrès?

Concrètement, M. Lapointe affirme que le multimédia lui permet de faire plusieurs choses qu’il ne pourrait faire autrement, tel que projeter des textes, qui donnent des précisions sur le contexte ou sur l’histoire. Ou encore faire de la mise en ondes. Cette dernière consiste à placer une caméra sur la scène pour prendre des images de la pièce en action et les diffuser sur des écrans placés un peu partout dans la salle. Cela fait valoir d’autres points de vue. La projection de gros plans souligne un détail ou un aspect plus important qui pourrait autrement passer inaperçu. Robert Lepage fait aussi grandement usage de cette technique. Il l’a notamment utilisée dans sa pièce Pour les aiguilles et l’opium, où il montrait des gros plans de mains ou de seringues.

C’est d’ailleurs Lepage qui a instigué ce phénomène au Québec dans les années 1980. Selon lui, le théâtre n’avait alors pas le choix d’emboîter le pas de la technologie, car celle-ci « isole le théâtre, l’oblige à aller à sa rencontre ».

L’intégration du multimédia dans le théâtre est en plein essor. Que ce soit par des vidéos, des sons ou des projections d’images, les metteurs en scène ne se gênent pas pour innover et utiliser les nouvelles technologies. Question d’ajouter du relief à leurs productions!

À ne pas manquer, ce sera au tour des gens de Québec d’aller à la rencontre du nouveau théâtre lors du mois Multi, évènement organisé par Recto-Verso du complexe Méduse. Vous pourrez assister à la pièce-laboratoire de M. Luis Thénon, Le vol des anges, produite en partenariat avec le collectif Cinaps, composé de Christian Lapointe (Théâtre Péril et Cinaps), Lionel Arneau (vidéoscéniste), et Jean-François Labbé (scénographe). Sylvio Manuel Arriola y est l’acteur invité. ■

Christian Lapointe, metteur en scène.  Photos © Yan Turcotte
Christian Lapointe, metteur en scène. Photos © Yan Turcotte

Dès que la technologie a été disponible, de nouvelles pratiques ont vu le jour sur les scènes d’ici et d’ailleurs et elles n’ont pas cessé d’évoluer depuis.

Cœur de mailles