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La naissance de la citoyenneté culturelle

Re_CreationLe 27 septembre dernier à Québec avait lieu un rassemblement important pour – souhaitons-le – l’avenir de tous les Québécois. En avant-midi, plusieurs ministères et organismes membres du conseil de la culture de Québec et Chaudière-Appalaches étaient invités à échanger autour de l’importance des arts et de la culture dans la vie des citoyens. Lors d’un 4 à 7 réseautage, d’autres organismes culturels et les médias étaient invités au dévoilement des résultats de ces tables rondes. Des témoignages sur la médiation culturelle ont également ponctués cet évènement qui, finalement, en a laissé plusieurs perplexes.

Commençons avec les aspects positifs. Nous apprenons par la bouche d’Éric Lord, président du Réseau des Conseils régionaux de la culture du Québec (RCRCQ)[1] qu’une consultation à la grandeur de la province était en cours depuis quatre ans sur la place de la culture dans la société. L’idée avait été lancée par monsieur Christian Poirier, de Culture Montréal, puis soutenue par madame Anne-Marie Jean, jadis directrice générale de Culture Montréal et maintenant nouvelle directrice du Conseil des arts et des lettres du Québec. Le projet a depuis été porté par le RCRCQ. L’enjeu au départ était de favoriser le contact entre les jeunes et la culture.

Entre temps, le ministère de la Culture et des Communications entamait son processus de révision de sa politique culturelle, celle-ci datant de 1992. Cette nouvelle information à donner du « oumf » à la consultation en cours. Et dans les faits, aux dires de monsieur Lord, le ministère semble effectivement à l’écoute des conclusions de cette grande consultation.

Avant de dévoiler les résultats de la consultation, un petit mot sur la rencontre matinale de la semaine dernière et sur les intervenants, qui étaient autour des tables. Il y avait des représentants des milieux communautaires, culturels, des loisirs, du municipal, de la petite enfance et du scolaire. C’est tout de même impressionnant. Dans une même salle se retrouvaient donc autant des intervenant des maisons des jeunes, des CPE, probablement des gestionnaires d’organismes culturels ayant réalisés des projets de médiation culturelle et, finalement mais non les moindre, des élus et des fonctionnaires de plusieurs ministères venus pour travailler ensemble sur le sujet spécifique des arts et de la culture. Cette rencontre avait pour but de compléter la longue réflexion, plus particulièrement en confrontant et en validant les axes qui avaient été dégagés au cours des dernières années.

L’impact de la culture

Les résultats sont en effet intéressants et révélateurs. D’abord, les consultations ont permis de cibler quatre catégories où la culture a un impact significatif, soit au niveau personnel, social, professionnel et citoyen. Monsieur Sylvain Massé, comédien et membre impliqué dans la démarche, appui que « le culturel encourage un mode de vie physiquement actif, contribue au développement d’un esprit critique et d’une pensée novatrice, aide à prévenir et à agir sur les problèmes de santé mentale, facilite une variété d’expression qui permet plus d’ouverture et moins de tabous, permet l’amélioration de l’estime de soi et entretien la capacité d’émerveillement ». La culture jouerait un rôle dans l’épanouissement social des jeunes en « favorisant les relations interpersonnelles harmonieuses et les rapports égalitaires, en renouvelant le regard sur soi et l’autre pour une société inclusive et en contribuant au sentiment d’appartenance, à la motivation et à la persévérance scolaire ». Sur le plan professionnel, la culture et les arts permettrait de développer « des compétences recherchées sur le marché du travail, tels que la curiosité, la créativité, la capacité de s’exprimer et d’agir et l’autonomie. » Finalement, nous parlons de citoyenneté culturelle parce que la culture développe le « sentiment d’appartenance avec sa communauté, qu’elle stimule un comportement citoyen actif et inspire le partage. Les arts et la culture donnent un élan pour vouloir changer le monde. » Selon le RCRCQ, la culture doit être intégrée aux saines habitudes de vie pour un Québec durable, innovant et en santé, au même titre que l’activité physique et l’alimentation. Il n’est pas surprenant que les conclusions rejoignent les intérêts d’un si grand nombre d’intervenants.

Pour le moment, la campagne en cours est la suivante : inciter le plus de citoyens et d’organismes à visiter le site Internet du RCRCQ. Les visiteurs seront invités à signer la charte d’engagement de la citoyenneté culturelle RE-CRÉATION. BAZZART apprécie particulièrement la section des exemples d’engagements et des gestes inspirants que les différents intervenants peuvent poser dans leur secteur d’activité respectif et à leur échelle. Il est de bon ton de souligner la collaboration de Télé-Québec dans la production de capsules vidéo diffusées sur la plate-forme de La Fabrique culturelle.

Pour la suite, un plan d’action intersectoriel sur un horizon de 10 ans doit être élaboré. Il impliquera plusieurs ministères. Le RCRCQ a pris le leadership sur la question et tentera de décloisonner l’art et la culture.

Problèmes de communication?

Mais… car il y a des mais. Déception : BAZZART était le seul média sur place. Pourquoi? La culture n’intéresse-t-elle pas les médias de masse? Pourquoi apprenons-nous quatre ans plus tard que cette démarche est en cours? C’est en tout cas ce que BAZZART, et probablement d’autres intervenants, se posent comme question.

Aussi, la principale critique de BAZZART est la trop grande part accordée aux jeunes dans un projet portant l’expression “citoyenneté culturelle”. Il est important de souligner que le secteur du théâtre est un précurseur en terme de développement de public jeunesse, et qu’après plusieurs décennies d’exercices, leurs espoirs de voir les enfants sensibilisés par les milieux scolaires ne se sont pas transformés en abonnés aux théâtres une fois adultes. Il est vrai cependant qu’il y a une nuance entre « développement de public » et « favoriser le contact entre les jeunes et la culture », mais les deux sont en quelque sorte liés.

Dans la même veine, des études mises en lumière par d’autres regroupements artistiques, notamment le Conseil québécois de la musique (CQM), et des observations de la part de diffuseurs, lors des rencontres nationales telles que RIDEAU, démontrent que l’enjeu est partagé par l’ensemble des intervenants culturels, toutes disciplines artistiques confondues. La question est : est-ce que les autres regroupement ont été interpelés sur la question pour travailler ensemble sur la question ? Ou est-ce que les regroupements travaillent en parallèle laissant uniquement pour dénominateurs communs un certain pourcentage (inconnu et aléatoire) de leurs membres? Est-ce que les études menées par l’un sont disponibles auprès des autres? À titre d’exemple, lors d’une conférence sur la stratégie de développement des publics offerte par le CQM au Grand rendez-vous de la musique (2015), François Colbert, professeur en charge de la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi Marcoux (HEC Montréal), avançait entre autres l’idée que « la socialisation à l’art en bas âge au sein de la famille a un impact plus important que l’éducation à l’art à l’école ». Avec une prémisse de cette importance, on se demande pourquoi on ne retrouve pas plus d’actions orientées sur les familles plutôt que sur le scolaire. Les parents, notamment, n’ont été évoqués qu’à titre de spectateurs.

Bien que monsieur Massé ait garanti en entrevue que le RCRCQ souhaitait mobiliser les familles, il n’en demeure pas moins que les institutions scolaires, les CPE et les maisons des jeunes, pour ne nommer que ces établissements, occupent une très grande part de leur intérêt et n’implique pas directement les parents, les laissant passifs dans l’équation culturelle.

Finalement, le but de la rencontre de cette semaine a été mal comprise par des travailleurs du milieu de la culture et social de Québec. Certains participants qui étaient aux tables rondes du matin n’ont pas eu l’impression d’avoir été réellement consultés mais se sont plutôt fait présenter des conclusions. Et des gestionnaires d’organismes présents au dévoilement des résultats n’avaient en réalité aucune idée pour laquelle ils avaient été conviés à cette soirée; ils ne savaient pas du tout qu’il s’agissait d’une occasion de réseautage. Et la médiation culturelle dans tout ça? Bien que pertinent à aborder, car dans l’air du temps, gardons ce sujet pour un prochain billet.

Bilan

Dans l’ensemble, l’initiative est excellente et les grands gagnants seront les jeunes qui auront la chance d’être en contact avec des pratiques artistiques innovantes et inspirantes. La société québécoise dans son ensemble devrait aussi profiter à long terme des efforts actuels, si le plan stratégique se révèle suffisamment audacieux. Déjà, des projets de médiation culturelle existent et donnent des résultats intéressants. En poussant dans cette voie, il plane dans l’air la possibilité d’une belle réussite. Les responsables de RE-CRÉATION, notamment messieurs Éric Lord et Sylvain Massé, semblent croire fermement en la pertinence de la démarche qu’ils supportent. Ils sont d’excellents ambassadeurs. La communication étant un point faible, il serait tout de même intéressant d’apporter quelques correctifs, du moins pour ce qui en est dans la région de Québec. BAZZART est curieux de voir la suite des choses.

rcrcq.ca

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[1] Il y a 12 Conseils régionaux de la culture : Québec/Chaudière-Appalaches, Bas-Saint-Laurent, Mauricie, Montréal, Laurentides, Côte-Nord, Centre-du-Québec, Montérégie, Abitibi-Témiscamingue, Estrie, Outaouais et Gaspésie.

 

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