Accueil / 2008 – Vol. 2 No 5 / La double vie du Vidéo centre-ville

La double vie du Vidéo centre-ville

Barbarella
Barbarella

De quoi faire rougir la Boîte noire, toutes proportions gardées.

Par Benoit ARCAND

Toujours cru que le centre-ville se situait entre le fleuve, la St-Charles et Langelier/Cartier? Sauf votre respect, l’épicentre cinématographique, lui, se situe aux confins de St-Sauveur. Malgré sa position périphérique (sur Marie-de-l’Incarnation), le Vidéo centre-ville porte merveilleusement bien son anomalie nominale… et n’en est pas à un paradoxe près.

Veuillez laisser vos pantoufles au vestiaire

En fait, ils ont le centre-ville aussi large que la palette de couleurs dont ils abusent avec discernement pour vous mener plus loin dans vos goûts, fussent-ils sophistiqués ou excentriques. En effet, l’avertissement suivant s’impose : vaut mieux bien se connaître en matière de 7e art pour s’y retrouver tant l’offre est vaste. À près de 20 000 titres – on compte toujours –, on y trouve de quoi plaire à tout le monde et son père. De quoi faire rougir la Boîte noire, toutes proportions gardées. De fait, l’espace, raisonnable mais contraignant pour l’ambitieux directeur de la boîte, Patrice Doré, vient à manquer; ce qui sera vraisemblablement arrangé ce printemps après quelques coups de masse bien sentis.

Traveling arrière. La façade ne paie pas de mine, s’efface presque au regard, d’où le slogan : la face cachée du cinéma. Trop bien cachée peut-être? C’est trop souvent le propre des cavernes d’Ali Baba. Précisément, le VCV vous offre ce que ses semblables débitent en si petite quantité : une sélection intransigeante. On ne regarde ni à la dépense ni aux efforts pour satisfaire le palais aiguisé du cinéphile. Les films réédités sous la sublimissime (et coûteuse) étiquette Criterion se retrouvent par exemple inévitablement sur les tablettes dès leur sortie. Folie ou lubie? Qu’importe puisque ça s’est avéré être un choix rationnel au bout du compte? « Ces films finissent toujours par être payants à long terme de toute façon, tandis que les grosses nouveautés sont louées pendant quelques jours avant d’être abandonnées. Il n’y a pas un club vidéo qui vit des nouveautés. Au mieux, on rentre dans notre argent », ironise Patrice Doré en ajoutant que les films de répertoire, moins courants sur le marché noir, les parent aussi quelque peu contre le piratage, mal du siècle des clubs vidéo. Fluctuat nec mergitur.

Si les documents hétéroclites abondent (concerts, mangas, documentaires, animations, séries récentes ou poussiéreuses, films tombés en disgrâce, Chuck Norris, etc.), on ne rechigne pas non plus devant l’anomalie, l’excentrique, le psychotronique, le geek. Ici, les aventures érotiques de Zoro. Là, une parodie de James Bond (For Your Height Only, l’agent 00 mesurant trois pieds!). Et si le cœur vous en dit pour un film gore sentimental, Nekromantik, ce classique résolument underground de l’Allemand Jörg Buttgereit, devrait vous combler d’horreur. On en passe et des bien pires…

Heureux qui comme Ulysse…

Flash back. Dès son arrivée à la barre en 1998, Patrice Sauvé a su prescrire sa vision à long terme, en plus de son amour du cinéma d’auteur, et a immédiatement mis le cap sur le DVD, médium dont les clubs vidéo moyens se sont trop longtemps méfiés. Résultat : une fois la bobine bel et bien rayée de la carte, les coûts pour mettre à jour les effectifs ont coulé les uns et plongé dans l’obsolescence les autres. Aussi, l’homme de la situation constate-t-il qu’ils sont « l’un des rares clubs vidéo à avoir un chiffre d’affaires en progression constante. » Preuve, s’il en est une, de l’efficacité de l’approche stratégique de l’institution.

Et pourtant, cette politique du long terme qui s’appuie sur la rareté et la qualité fait dire à bien des gens « qu’ils n’ont rien ici », ce qui ne manque jamais de mettre le cinéphile en chef dans tous ses états généraux. « On n’est pas élitistes, alors ***, faites-nous pas ###! » Sérieusement, « il y a des gens qui descendent de Cap-Rouge et de plus loin encore pour louer leurs films ici. »

Le labyrinthe de Patrice

Lorsqu’on lui demande à bout portant s’il considère Internet comme un fléau, Patrice Sauvé hausse les épaules, l’air de dire « Que puis-je y faire? ». « On fait avec. Ça facilite aussi certaines choses, comme l’inventaire, les commandes et la recherche », embraye-t-il avant de nous faire une démonstration. Il faut effectivement avoir traversé les allées de ce dédale cinématographique pour comprendre. Le moteur de recherche en ligne est l’un des plus intelligents et des plus simples qui soient dans le genre. Mieux qu’Ariane, Barbarella, votre hôte, évite pour vous les détours et culs-de-sac usuels et vous mène tout droit au 7e ciel du 7e art, pour peu que vous ayez quelque chose d’inspirant et de raffiné à lui susurrer à l’oreille. Cyber-ravissement garanti.

Là où la plupart des compétiteurs ont choisi de faire une vocation de l’unique et de l’éphémère, le VCV a mis ses œufs d’or dans tous les paniers. Peu importe qu’il se situe au centre-ville ou non, puisqu’il donne aux cinéphiles de Québec une bonne raison de ne pas déménager.

Cœur de mailles