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La capitale nationale et la principauté de Montréal

MATCH

Par Pascal EVANS

Principal sujet de préoccupation : la montréalisation des médias. Une véritable pandémie qui entraîne une montréalisation de l’identité québécoise; une montréalisation de la pensée québécoise, une montréalisation de la culture québécoise. Le tout estampillé Vu à la TV et l’affaire est close.

L’image que les médias véhiculent du fameux Nous est formatée aux goûts et autres fantaisies de la métropole. La distorsion est marquée et le questionnement actuel sur l’identité québécoise résulte, en partie, de l’hégémonie montréalaise : une formidable industrie où l’on fabrique à la chaîne l’identité québécoise. Elle est tellement bien faite, si efficace qu’on a longtemps laissé faire. Ils ont le « savoir vendre » et les moyens de le faire à l’échelle provinciale. C’est un blockbuster identitaire, cute, propre, rafraîchissant, juste ce qu’il faut d’audacieux, mais partiellement faux. C’est toute notre diversité humaine, culturelle et territoriale qui fait la différence pour le Québec dans son entier. De Ivujivik à Gatineau.

Qui sommes-nous au juste ? Si nous partageons une langue commune avec la Principauté, nulle trace de notre diversité culturelle dans les pages glacées des magazines de la Métropole et encore moins sur ses innombrables chaînes. On y fabrique de la culture aussi vite qu’on la consomme.

Les tensions entre les deux cités ne sont que le reflet de cette réalité, mais la métropole est-elle seule en cause ? Il faut de la conviction pour défendre son monde et sa diversité, pour dire non et exiger une juste représentation. Il faut de l’audace pour imposer un contenu culturel et défendre sa légitimité – un produit montréalais coûte si peu et assure de belles cotes d’écoute sans le moindre effort. Il faut de la fierté, de l’ouverture et de la curiosité… Force est de constater que quelques-unes de nos six chaînes sont plus souvent des relais de diffusion que de véritables locomotives.

Qui sommes-nous au juste ? À trop nous plaindre de nos pieds et poings liés, de nos voix ignorées, quand elles ne sont pas censurées, nous avons omis de grandir.

Montréal est certes narcissique et peu encline à refléter l’énergie de la province, mais porter le blâme sur la Métropole, c’est manquer de courage et d’honnêteté. C’est faire une analyse partielle, forcément erronée et peu constructive d’une situation dont nous sommes aussi les victimes consentantes. À nous d’exiger que nos stations régionales soient plus que des satellites de diffusion. Et pourquoi pas le fer de lance de notre différence ? Un artiste d’ici n’est pas moins professionnel ou plus amateur que son homologue de Montréal. Qu’est-ce qui nous empêche d’afficher notre diversité culturelle sur les écrans de la Capitale nationale, voire sur le réseau au complet ? Vous êtes-vous posé la question ? ■

« Je sais que vous pensez que nous, Montréalais, méprisons les gens de Québec.
Et bien, non. Nous ne méprisons pas les gens de Québec. Juré, craché. Nous nous en contresacrons. Pour ne pas dire autre chose. Nous méprisons les Lavallois, oui. Mais pas les Québécois. On s’en fout de Québec »

dixit Patrick Lagacé dans son papier du 15 octobre dernier publié dans La Presse et Le Soleil.

Cœur de mailles