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Fuck les règles

Catherine Dorion et Mathieu Campagna, lors d'un des rares moments éclairés de l'événement Fuck toute.
Catherine Dorion et Mathieu Campagna, lors d’un des rares moments éclairés de l’événement Fuck toute.

 

Premier Acte présente jusqu’au 4 décembre prochain un évènement spectacle hors de l’ordinaire : Fuck toute. Le projet éclaté de Catherine Dorion et Mathieu Campagna propose une performance d’une heure vingt complètement décalée qui s’apparente plus à l’expérience immersive qu’au théâtre tel qu’on le connait.

Après avoir visité une petite exposition d’art regroupant des œuvres de diverses artistes actuels, les spectateurs sont ensuite invités à pénétrer une seconde salle à tour de rôle. Sans trop d’information, chacun devra lire et enregistrer une courte phrase. S’ensuit un passage dans une zone de libre expression ou des crayons et de la peinture sont disposés afin de faire participer les visiteurs à la création murale. Avant de se retrouver dans une salle de spectacle complètement modifiée, ils seront accueillis dans la loge de Catherine Dorion qui leur demande de se remémorer la Saint-Jean d’antan. Un long parcours mystérieux qui représente bien toute la singularité de Fuck toute.

Une fois débarrassé de leur cellulaire et bien assis sur le sol où sont disposés quelques coussins, le public reste alerte et cherche à comprendre son environnement. On lui annonce alors que la représentation se fera presque entièrement dans le noir. C’est donc dans cette ambiance confortable et aux antipodes des règles de bienséance du théâtre que le spectacle commence.

S’entrecroisent alors enregistrements sonores, récitations de courts textes et effets lumineux surprenants témoignant de plusieurs façons de l’aliénation de la société. On y traite de consommation, de travail et d’obligations de manière critique et sans aucun voile.

Il faut souligner les talents d’orateur des créateurs touche-à-tout qui livrent tous deux une performance poignante, engagée et personnalisée.  Campagna et Dorion n’entendent pas à jouer; ils livrent plutôt un message, sorte de cri du cœur, et souhaitent nous désorienter tout en nous faisant remettre en question nos modes de vie.

Le 4e mur n’existe tout simplement pas dans Fuck toute. Les artistes sont partout dans la salle, jusque dans nos têtes. Que les thèmes abordés nous touchent ou pas, nous ne pouvons faire autrement que les réfléchir sous un nouvel angle. Personne n’est à l’abri de cette communion où même nos voix se font entendre.

Bref, le duo nous sort de nos habitudes, nous force à la réflexion et nous apporte violemment dans leur univers. L’expérience pour le moins singulière est à fuir par celui qui recherche un divertissement abrutissant.

Tout est à dire à propos de cette performance, mais aucun mot ne peut décrire parfaitement la pièce. C’est sans doute, pour conclure, le mot du metteur en scène qui résume le mieux toute l’absurdité dont témoigne la performance : Banane.

Cœur de mailles