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Faire parler le cinéma

Courtoisie
Courtoisie

ANTITUBE

/ par Jean-Baptiste LEVÊQUE

Si nombre de centres d’artistes sont voués aussi bien à la création qu’à la diffusion d’œuvres en arts médiatiques, peu d’organismes sont spécialisés en diffusion de cinéma d’auteur et de répertoire. À Montréal, la Cinémathèque québécoise demeure depuis 50 ans un lieu sacré de conservation et de projection. Les cinéphiles de Québec peuvent également compter sur un organisme voué entièrement à la diffusion du septième art : Antitube.

Cherchant à faire découvrir au public un cinéma différent de ce que nous proposent les salles commerciales, Antitube (littéralement anti-succès) se consacre à la diffusion de la culture, de l’histoire et de l’avenir des images en mouvement. Diffuseur reconnu de cinéma d’animation indépendant, de cinéma d’auteur et de cinéma expérimental, fictionnel ou documentaire, l’organisme privilégie l’image autre, l’image qui vient d’ailleurs ou d’autrefois, celle qui vient d’ici et qui ne reçoit pas l’éclairage des projecteurs, celle qui est inédite ou qui surprend. Et pour Antitube, le cinéma n’est pas qu’affaire d’écran. C’est une occasion d’expérience, de rencontres et de discussions innovantes avec les créateurs. D’ailleurs, la majorité des projections est accompagnée d’un échange entre le public et le réalisateur ou une personne apportant un point de vue critique sur le film et son sujet.

Fondé en 1995, initialement pour être un ciné-vidéoclub de cinéma indépendant, l’organisme a d’abord dû faire ses preuves en se concentrant sur la programmation de films. Trouver un partenaire pour la diffusion s’est rapidement imposé. Antitube s’est alors associé au Musée de la civilisation, dont l’auditorium constitue encore aujourd’hui la salle de projection idéale pour la majeure partie de ses évènements. Cette collaboration permet également à Antitube d’organiser des visionnements de films en rapport avec les expositions du musée, dont les sujets universels trouvent souvent écho dans le septième art. Ainsi, à l’occasion de l’exposition Rome. De ses origines à la capitale d’Italie, Antitube a organisé Tous les films mènent à Rome, un minifestival de classiques du cinéma italien. Ces projections, aussi bien que l’exposition, ont connu un vif succès auprès du public.

Au fil des ans, Antitube a mûri et profite maintenant de son expertise pour sortir un peu du musée et initier des collaborations de plus en plus nombreuses. Avec des évènements rassembleurs tels que le Mois Multi, la Manif d’art, le Festival de la bande dessinée francophone de Québec ou le Carrefour international de théâtre. Avec des organismes du milieu comme l’Université Laval (pour Nuages sur la ville, sélection de films québécois autour de la biodiversité), Folie-Culture (le cycle de courts métrages Soupçons d’extase) et même des restaurants : la projection du film Kitchen d’Andy Warhol à La Cuisine et les ciné-débats autour du documentaire québécois au Café Babylone. Ces partenariats avec des organismes sans lien direct avec le cinéma sortent non seulement les films de leur contexte traditionnel de projection, mais permettent aussi à Antitube d’aller chercher d’autres publics que les cinéphiles convaincus.

Les œuvres singulières diffusées par Antitube amènent donc le spectateur à réfléchir sur des sujets aussi variés qu’actuels. L’approche thématique adoptée pour la programmation joue fortement sur l’actualité et les courants sociaux et culturels. Par exemple, le cycle De luttes et d’errances sur les films sociaux d’Arthur Lamothe répondait au mouvement du Printemps érable. Véritable reflet de notre monde, le cinéma a l’avantage de faire écho à n’importe quel évènement. Loin d’être opportuniste, Antitube sait aussi être à l’avant-garde. Les Sommets du cinéma d’animation de Québec, organisés annuellement depuis 12 ans, ont anticipé le boom de l’animation et du jeu vidéo survenu dans la capitale.

Afin d’offrir les meilleures conditions de visionnement des œuvres, Antitube diffuse la plupart d’entre elles dans leur format d’origine. La multiplication des formats de projection (parfois autant que de films programmés) fait d’ailleurs partie des nouveaux défis que l’organisme doit relever. Mais peu importe le lieu et le contexte, Antitube trouvera toujours une bonne raison pour nous faire aimer le cinéma.

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