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Du récital traditionnel au spectacle poétique multidisciplinaire

 

Photo Zoé Childerley
Photo Zoé Childerley

Comme toutes les disciplines, la poésie se transforme avec le temps : depuis Baudelaire et Rimbaud, cet art a évolué. Cet art revêt désormais de nombreux atours – et possède même une sacrée garde-robe ! Les poètes se sont mis à explorer d’autres terrains fertiles. Ils sont de plus en plus astucieux dans leurs écrits et de moins en moins confinés à ce qu’il est convenu d’appeler un moule. La poésie de nos jours a de quoi surprendre ! Et c’est précisément ce que le Printemps des Poètes veut nous faire comprendre.

Pour plusieurs, la poésie est parfois synonyme de lecture difficile et de maux de tête. Mais, paradoxalement, c’est aussi quelque chose de beau et d’esthétique. Certains ont aussi dans l’idée que la poésie doit obéir à une règle de piétage ( nombre de syllabes par phrase ), et, ironiquement, qu’elle doit être récitée sous une fenêtre à la Saint-Valentin. Enfin, c’est une idée bien romantique – torturée et réductrice – de la poésie.

S’il est encore possible de rencontrer des rimes et des rythmes dans certains descendants ou cousins du genre littéraire, comme le slam ou la chanson par exemple, ce n’est plus monnaie courante d’avoir à respecter ces critères pour traduire l’état poétique, l’essence même de la poésie. « Avant le poème vient d’abord l’état poétique », souligne Isabelle Forest, directrice artistique du Printemps des Poètes.

Selon sa vision de la poésie, il faut d’abord une expérience, une émotion, une façon nouvelle de percevoir les choses, même en un très bref instant… « Une sensation de toucher la source de quelque chose; le poète, par la suite, traduit l’expérience – ou cet état poétique – en mots et en images, entre autres. »

Longtemps, seuls les mots ont servi de traducteur. Aujourd’hui, même si l’écrit demeure le médium de prédi-lection, d’autres viennent s’y amalgamer, comme les arts visuels, la danse et la musique, afin de déployer la poésie en un plus vaste univers et d’en augmenter la richesse.

Projet Halte nomade, réalisé lors d'une résidence de création au centre d'artistes Caravansérail en mars 2010. Photo Lorem Martin Côté
Projet Halte nomade, réalisé lors d’une résidence de création au centre d’artistes Caravansérail en mars 2010. Photo Lorem Martin Côté

Avant le poème vient d’abord l’état poétique

Isabelle Forest, directrice artistique du Printemps des Poètes

Ainsi, l’événement le Printemps des Poètes est plus qu’une rencontre de poètes et de récitals. L’un des mandats du Printemps des Poètes de la ville de Québec est justement et spécifiquement de promouvoir cette interdisciplinarité. Autrement dit, c’est l’occasion pour le public de découvrir de nouvelles pratiques.

Isabelle Forest nous explique qu’il y a plusieurs angles à l’état poétique et qu’ils peuvent être traduits originalement. C’est ce qui a amené le Printemps des Poètes à développer un autre objectif, qui consiste au renouvellement de la présentation de la poésie.

La poésie se loge traditionnellement dans les livres et dans le récital. C’est là une de ses bases. Mais il n’est pas impossible d’ajouter quelques « épices » pour enrichir le récital qui peut être – ne le cachons pas – parfois un peu lourd. La poésie peut être intense à recevoir. D’un côté, tous les poètes ne sont pas systématiquement des narrateurs nés, mais aussi les images provenant de leurs textes sont chargées d’émotions. L’écoute du spectateur demande une attention soutenue.

Non seulement l’interdisciplinarité permet-elle de dynamiser la présentation de la poésie, mais elle la fait se déployer sous plusieurs formes, plusieurs angles, comme pour augmenter les référents et les symboles. Conséquemment, il y a une hausse des niveaux de perception et de sensations.

Un bon exemple est le spectacle poétique que propose Christine Comeau. La jeune artiste de 31 ans se questionne « […] sur l’idée du réseau et de l’identité sociale, de l’interconnexion entre les formes et les êtres, qui se définit sous plusieurs aspects » peut-on lire sur son MySpace. Sa recherche et son propos sont des thèmes colossaux, voire tenaces. Mais sa présentation entrecroise sculpture textile, performance, danse et poésie. Elle propose une approche qui soulève d’autres questions par l’inusité de son œuvre, laissant un espace de réflexion dans son discours.

Finalement, le Printemps des Poètes profite du mois de mars pour procéder à la poétisation des lieux, ce qui se traduit par l’intégration de la poésie dans notre quotidien et dans la communauté. Concrètement? L’équipe du Printemps des Poètes et ses intervenants usent de tous les moyens à leur disposition pour nous en faire voir et entendre de toutes les couleurs, dans le bon sens du terme : capsules poétiques à la radio, bande sonore dans l’ascenseur du Faubourg, activités participatives avec le public, performances dans les supermarchés, dans les autobus du RTC, dans les écoles… et même dans les soupes populaires!

Parmi les activités de poétisation des lieux qu’il faudra surveiller, outre le retour des Brigades poétiques (ces trios de poètes qui investissent différents espaces publics de la ville de Québec ), il y aura la performance de Marie-Claude de Souza. Elle gérera la ligne 1-855 interactive de poésie du Printemps des Poètes. Elle viendra les 20 et 21 mars prochain sillonner les rues de St-Roch armée de son cellulaire pour offrir aux passants de contacter un proche afin de lui offrir un de ses poèmes.

Ce qui est le plus impressionnant avec le Printemps des Poètes, c’est toute l’imagination, l’ingéniosité et paradoxalement la simplicité de l’événement. C’est ce qui fait sa singularité. Le mandat est simple et justifié, les objectifs le sont tout autant.
La poésie est un art accessible et le Printemps des Poètes est une opportunité d’aller à la rencontre de cette discipline qui s’adresse directement à l’âme.

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1-855-PPOÈTES

LIGNE INTERACTIVE DE POÉSIE

Photo Elias Djemil

Livrez-nous des confidences anonymes, un délire verbal, quelques utopies… Parlez-nous avec cœur
et nous répondrons avec poésie.

Ligne active jusqu’au 21 mars

Cœur de mailles