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Littérature et Québec, dit-elle

Choeur(s) - machines à présences poétiques. Sur la photo, la poète Annie Lafleur. Photo Courtoisie Productions Rhizome
Choeur(s) – machines à présences poétiques. Sur la photo, la poète Annie Lafleur. Photo Courtoisie Productions Rhizome

Partenaire : Marie-Ève Sévigny

Marie-Ève Sévigny aime la littérature et Québec. Voilà qui est dit.

Parler littérature avec l’écrivaine et directrice de la Promenade des écrivains, Marie-Ève Sévigny, c’est s’assurer d’avoir le pouls de ce qui se trame à Québec, où elle écrit et anime différentes activités littéraires depuis des années. C’est aussi saisir l’opportunité de faire le point sur les différentes manifestations littéraires de la région, car tout comme ses pieds et son cœur, son regard est aussi solidement ancré dans ces univers.

« Avec le vivier d’organismes, de salles et d’initiatives consacrés à la littérature, il est impossible d’un point de vue littéraire de ne pas voir, en ce moment, la grande importance de Québec dans le domaine », résume celle qui a aussi été libraire et professeure de littérature au Cégep Garneau. L’augmentation du nombre de spectacles littéraires en tous genres et de livres numériques constitue la preuve que les nouvelles façons de faire de la littérature se multiplient. Il faut d’emblée percevoir ces récentes avenues en interaction avec le livre, plutôt qu’en contradiction avec celui-ci.

Influencée bien souvent par le multimédia, la nouvelle génération de performeurs qui montent sur scène à Québec vit de toute évidence avec son temps. Mais l’intérêt pour le multimédia et la nécessité de s’y attarder ne résident pas seulement dans les moyens et les outils utilisés par les auteurs, selon Marie-Ève Sévigny. Nous devons plutôt nous intéresser à la démarche intellectuelle, ce qui sous-entend qu’il faut aller chercher le public et multiplier les points de vue dans la façon de l’accrocher. « Ici, nous sommes loin du simple récital ».

Pour illustrer ses propos, celle qui a remporté en 2014 le prix Marcel-Couture pour un ouvrage coécrit avec Chrystine Brouillet, Sur la piste de Maud Graham : promenades et gourmandises, nomme quelques incontournables qui savent innover et faire la différence dans l’art
du dire.

Le collectif d’artistes Finlarmoiement (voir page 20), l’organisme Productions Rhizome, le Printemps des Poètes, le Tremplin d’actualisation de poésie (voir page 23) ou encore la Promenade des écrivains qu’elle dirige depuis huit ans représentent des exemples probants qui brassent la cage à leur manière et assurent l’avenir des lettres à Québec, que ce soit sur scène ou dans les livres. Et c’est sans parler de la quantité appréciable d’éditeurs, de librairies et de revues littéraires ayant pignon sur rue dans la capitale.

Concernant ce que Québec offre de particulier dans son rapport à la scène littéraire, madame Sévigny demeure sans équivoque. Il faut prendre en considération le fait que la Basse-Ville de Québec a été fortement habitée par les arts visuels depuis les 20 dernières années. De fait, les projets qui font intervenir à la fois les arts visuels et la littérature pullulent. Un exemple marquant? Bien des gens se souviendront de La bibliothèque imaginaire, où des citations de Réjean Ducharme dialoguaient sur les murs et les trottoirs du quartier Saint-Roch avec dix courts textes de poètes québécois. Ce projet fut mené dans le cadre de l’édition 2011 du festival Québec en toutes lettres, de concert avec EXMURO arts publics, Morgan Bridge et le Printemps des poètes.

La scène littéraire de Québec est aussi marquée par le fait que les jeunes communautés littéraire et artistique en osmose sont liées aux bars, qui déploient de nouvelles scènes et doivent se renouveler constamment. Une autre particularité à mentionner : le public de la région de Québec est très scolarisé, cultivé et avide de culture. Les auteurs et les artistes doivent ainsi continuer à le surprendre par des offres à la fois singulières et remarquables.

D’ailleurs, madame Sévigny mentionne que l’avenir semble très favorable pour la création et la promotion de la vie littéraire dans la capitale. Surtout avec l’inauguration de la Maison de la littérature, prévue pour octobre 2015, après 14,6 millions $ de rénovations au temple Wesley de la Chaussée des Écossais, dans le Vieux-Québec. Comprenant à la fois une bibliothèque municipale, une salle de spectacle, un bistro, une résidence d’écrivains ainsi qu’un studio de création de bandes dessinées et de création multimédia, l’endroit s’imposera comme image phare de la vie littéraire à Québec.

« Nous pourrions facilement et en toute pertinence choisir de nous positionner comme capitale littéraire ». Lorsqu’elle évoque ceci, elle fait référence aux nombreux auteurs d’hier et d’aujourd’hui qui marquent le patrimoine de la ville, aux différents acteurs et créateurs qui vivent de la culture, aux livres en tous genres, à la littérature sous forme de spectacle, d’oralité, de phénomène, ou sous forme numérique.

« En fait, je hais les dualités et les catégories. Je préfère avant tout parler de projets », conclut Marie-Ève Sévigny, qui planche actuellement, entre autres, sur l’écriture d’un roman et d’un nouveau parcours qu’elle animera prochainement dans les rues de Limoilou, pour la Promenade des écrivains.

promenade-ecrivains.qc.ca

Marie-Ève Sévigny, écrivaine et directrice de la Promenade des écrivains. Photo Abella Photos
Marie-Ève Sévigny, écrivaine et directrice de la Promenade des écrivains. Photo Abella Photos
Cœur de mailles