Accueil / 2014 - Vol. 8 No 4 / Flécherande porteuse de traditions

Flécherande porteuse de traditions

Courtoisie
Courtoisie

Madame Yvette Michelin est flécherande, métier qui consiste à confectionner du fléché. Cet art du textile québécois provient de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Nos ancêtres se sont basés sur la technique du chevron, une forme de tissage aux doigts. Le fléché se distingue par le motif en forme de flèche qu’il dessine à travers l’étoffe. Habituellement en laine, la ceinture fléchée servait à refermer les manteaux croisés de nos ancêtres pour les protéger du froid.

Madame Yvette Michelin est l’une des grandes porteuses de ce traditionnel tissage au doigt. Sa passion débute lors de son adolescence. Elle achète alors une ceinture au Carnaval de Québec et découvre que sa mère avait appris cette technique lors de ses études chez les ursulines. Cette dernière pousse donc son intérêt pour le fléché et a étudié la technique auprès de Marie-Anna Alain, une spécialiste en la matière.

Depuis lors, elle a créé de nombreuses pièces de fléché et contribue grandement à la transmission de cet art. Elle enseigne aux apprentis flécherands à la maison Routhier située à Sainte-Foy. Elle fait des démonstrations publiques et participe chaque année au Carnaval de Québec. Madame Michelin a remporté en 2012 le prix Innovation/tradition, ainsi que celui du patrimoine des régions de la Capitale-Nationale et de Chaudières-Appalaches dans la catégorie : « Porteurs de traditions» en 2013.

Au fil du temps, la technique du fléché authentique s’est un peu perdue au Québec. Avec le métier à tisser, il était facile de créer des pièces avec un motif rappelant le fléché. Par contre, il ne s’agissait que de copies commerciales de cette technique. Le véritable fléché québécois est réalisé à la main et demande de nombreuses heures de travail. « Ça me prend 240 heures pour faire la ceinture de bonhomme [Carnaval] », affirme Madame Yvette Michelin. Heureusement, cette forme d’artisanat s’est tout de même rendue jusqu’à nous grâce à des passionnés qui l’ont fait perdurer.

Pour madame Michelin, il est important que le fléché reste vivant et, pour y arriver, il faut qu’il demeure actuel. « Une des méthodes est de le porter en foulard. On peut aussi sortir des fibres et des couleurs traditionnelles », explique-t-elle. Nous retrouvons de nos jours toutes sortes d’objets en fléché. Il y a, par exemple, des chapeaux, des décorations murales et des signets. Cela permet d’avoir une pièce de fléché à une fraction du coût de celui d’une ceinture authentique, plus onéreuse. « Je rêve que chaque foyer québécois possède une pièce de fléché, peu importe laquelle », songe madame Michelin.

Un autre désir très cher à madame Michelin est d’intéresser la jeunesse. Selon elle, les enfants du deuxième cycle du primaire sont à un âge idéal pour apprendre le fléché. Elle affirme que : « C’est dans la transmission qu’est la solution et c’est comme ça que [la tradition] va rester vivante. »

Cœur de mailles