Création

Photo Brigitte WERNER
Photo Brigitte WERNER

Extrait de la pièce La Correction

C’est la faute à Patrick Côté

/ par Claude MONTMINY

Quand ma mère parlait de moi

Elle disait toujours que j’t’ais

« Une comme ça ».

Des fois je pense que j’ai du velcro usé

De collé entre les deux oreilles.

Y a rien qui pogne.

C’est de ma faute aussi.

Faudrait que j’arrête de me faire des histoires les yeux ouverts.

Ma mère disait ça aussi.

« Les rêves c’est pour la nuit

Le jour c’est pour la vie. »

Pendant que son chum du temps s’débouchait une autre tablette.

Qu’est-ce tu veux, c’t’ait des comme ça.

Pis y a eu lui.

Patrick Côté.

Y était fin. Y était libre.

Y parlait avec tout plein de mots doux pis de sourires

Avec tout plein de caresses pis d’avenir.

Encore mieux que dans toutes les histoires que j’rêvais de jour.

Y voulait s’occuper d’un handicapé.

Imagine!

J’pouvais pas me douter.

Le gars roulait vite.

Y a pas pu éviter le gros orignal qui s’était planté sur l’asphalte mouillé.

Y tenait un café. À Sept-Îles.

Juste à se transporter de la salle de bain au lit, y en avait plein les mains.

Faque s’occuper d’un café en plus, y était pu capable.

Pour aider, Patrick gérait l’affaire.

Je comprenais pas toute ce qu’il faisait

Mais c’est normal.

J’t’une comme ça.

On a passé deux mois là-bas.

Deux mois comme une soirée de feu de camp.

Boire de la bière. Rencontrer des gens.

Boire de la bière. Marcher sur la plage,

À cinq heures du matin, à l’heure grise,

Entre le soleil pis les étoiles.

Pis là-bas, des étoiles, y en a plus.

Le soleil avec. Y en avait plus.

Pis un beau soir, Patrick a oublié de rentrer.

Je l’ai attendu, mais y’était parti.

Parti sans rien dire.

Pis surtout, parti avec une autre.

Je l’ai attendu. Sur la plage.

À l’heure grise. Entre le soleil pis les étoiles.

Ce soir-là, on dirait que des étoiles, y en avait plus.

Juste pour nous rappeler que nous, on était moins.

Y était fin. Y était libre.

Après, je voulais juste rentrer.

Retrouver la ville. Le quartier.

La Côte-Nord, c’est grand. Pis c’est vide.

Tout cet espace-là, entre moi pis les autres,

Ça me rappelait juste tout l’espace entre moi pis lui.

Trop d’air. Trop d’espace.

Comme un océan à l’envers, une mer d’oxygène.

Pis moi. Noyé dedans.

J’ai marché jusqu’à la route, pis j’ai levé mon pouce.

Je pense que le mot c’est « ironie »?

Au moment où j’avais juste le goût de brailler ma vie

Il fallait que je me tienne debout, avec dans la face

Un sourire de circonstance pis un pouce dans les airs.

Qui aurait pu dire que tout va bien.

Mais qui disait le contraire.

Claude est à la fois auteur, comédien et codirecteur du Nouveau Théâtre de l'île d'Orléans. Sa première pièce, Voleurs d'occasion, a été créée en 2015 au théâtre La Fenière. En 2008, il était de l'équipe de scripteurs du spectacle 2008 Revue en corrigée, présenté au Théâtre du Rideau Vert. Deux ans plus tard, il termine une maîtrise en littérature à l'Université Laval alors que sa pièce Les inséparables est créée au théâtre La Marjolaine. Depuis 2011, il poursuit une riche collaboration artistique avec Carol Cassistat et Sébastien Dorval avec pour objectif d'actualiser et de rajeunir la comédie en été. Photo Maxime TREMBLAY
Claude est à la fois auteur, comédien et codirecteur du Nouveau Théâtre de l’île d’Orléans. Sa première pièce, Voleurs d’occasion, a été créée en 2015 au théâtre La Fenière. En 2008, il était de l’équipe de scripteurs du spectacle 2008 Revue en corrigée, présenté au Théâtre du Rideau Vert. Deux ans plus tard, il termine une maîtrise en littérature à l’Université Laval alors que sa pièce Les inséparables est créée au théâtre La Marjolaine. Depuis 2011, il poursuit une riche collaboration artistique avec Carol Cassistat et Sébastien Dorval avec pour objectif d’actualiser et de rajeunir la comédie en été. Photo Maxime TREMBLAY
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