Accueil / 2014 – Vol. 8 No 2 / Country québécois : dans la marge

Country québécois : dans la marge

 

Photo Kim Damboise
Photo Kim Damboise

Au Québec, l’engouement pour la musique country débute dans les années 1940. La mode est alors au western. À une époque où la majorité canadienne-française est prolétaire, cette musique populaire traitant de la misère quotidienne atteint facilement sa cible.

Toutefois, au lendemain de la Révolution tranquille, la musique country est mise à mal. La nouvelle génération de mélomanes est plus scolarisée et cherche à s’ouvrir sur le monde en se distançant radicalement des couches populaires. C’est à coup de sarcasmes que la musique country devient synonyme de faute culturelle et que l’on caricature ses fans comme étant des ouvriers pauvres et idiots.

Comme personne n’aime se faire traiter de péquenot, nous aurions pu croire en une mort annoncée. Pourtant, les quelque 200 festivals country que nous retrouvons chaque année au Québec nous démontrent le contraire. Aujourd’hui, c’est dans la marge que l’industrie du country croît. Bien qu’il soit difficile d’obtenir des statistiques fiables sur les ventes d’albums, la majorité des intervenants du milieu s’entendent pour dire qu’elles se portent très bien. Dans un marché aussi limité que le Québec, ces artisans indépendants font souvent plus de ventes que leurs confrères rockers ou rappeurs. L’industrie de la pop l’a compris!

Depuis quelque temps, plusieurs de ces artistes reconnus (Isabelle Boulay, Roch Voisine, Daniel Bélanger…) lancent sur le marché des disques à saveur country. Cette émergence mainstream est issue d’une multitude de scènes locales où une nouvelle génération de cowboys sévit. Nous y retrouvons deux tendances principales : celle du folk, plus introspective, qui présente des ballades acoustiques épurées, et celle du country métissé, empruntant à divers styles musicaux (rock, blues, gospel, etc.), qui est plus festif, éclaté et souvent irrévérencieux.

Séduits par la sincérité et l’authenticité de la culture western, les acteurs de cette nouvelle scène ont pourtant du mal à intégrer le cercle fermé de leurs prédécesseurs, peut-être réticents à accueillir de nouveaux membres après avoir été longtemps ostracisés.

Dans la ville de Québec, nous retrouvons peu de musiciens qui font du Western (avec un grand W) tel que l’ont fait les Martel et Lamothe. Le constat est évident : la scène de Québec est somme toute assez restreinte pour ce genre de spectacles. Comme partout ailleurs, les derniers résistants sont excentrés dans les banlieues et les régions. Or, la nouvelle vague folk et métissée est de plus en plus présente dans le paysage urbain. Dans les bars de la capitale, une foule bigarrée se déplace pour assister à ces concerts et se surprend à y prendre plaisir. Si certains puristes s’insurgeaient que l’on qualifie cette musique de country, à n’en pas douter, il s’agit bel et bien d’une musique de cowboy! Dans un monde qui sonne de plus en plus faux, peut-être cette musique fait-elle résonner en nous notre besoin d’authenticité?

Pour en savoir plus :

Catherine Lefrançois, LA CHANSON COUNTRY-WESTERN, 1942-1957. Un faisceau de la modernité culturelle au Québec. Thèse de doctorat, Université Laval, 2011.

Cœur de mailles