Accueil / Cinéma / Commentaires sur “Feuilles mortes”

Commentaires sur “Feuilles mortes”

1914936_1124936350872057_2278125311485530913_n

Ce n’est pas facile de faire un commentaire sur le travail d’amis. Dans Feuilles mortes, il n’y a que ça, des amis. Les réalisateurs, les comédiens, des figurants, des techniciens… Ils viennent presque tous de Québec. Pour les amateurs du milieu du cinéma et du court métrage local, c’est un vrai plaisir que de retrouver tous ces visages.

 

 

Thierry Bouffard, Edward A. Tremblay et Carnior
Thierry Bouffard, Edward A. Tremblay et Carnior

Nous avons droit à un western post-apocalyptique québécois. Soulignons qu’il s’agit d’un premier long métrage pour les trois réalisateurs Thierry Bouffard, Édouard A. Tremblay et Carnior (festival Vitesse Lumière), mais pas un premier film, car les gars ont des feuilles de routes impressionnantes dans la catégorie des courts métrages. Ce qui est frappant, c’est le mélange du film d’auteur et du film de genre, comme un style hybride à la signature artistique déjà mature. Flotte aussi une légère influence du cinéma gore* ; certaines scènes sont particulièrement crues.

Feuilles mortes raconte l’histoire de trois personnages principaux : Bob, Marianne et Léon. Les trois drames prennent place cinq ans après une crise économique majeure. Le chaos règne : on se bat pour des munitions et de l’essence. Le bon scotch est rare et l’avenir appartient à ceux qui ont de quoi à troquer. En dehors des villages, les brigands sont les rois. Dans les villages, les étrangers sont tagués, les accès leur sont restreints et à la moindre vague, ils sont exécutés sur le champ, sans autre forme de procès. L’histoire de Bob aborde surtout les thèmes de la solitude et de l’amitié. Celle de Léon traite de la fraternité. Marianne se heurte à l’intégrité.

Chacune des trois histoires a été écrite puis dirigée par l’un des trois réalisateurs : trois courts métrages rassemblés pour ne former qu’un long. Ce qui crée l’unité, c’est une même équipe de direction artistique, des personnages communs et l’entrelacement des récits.

Les réalisateurs laissent bien peu de place à l’espoir d’un avenir paisible et harmonieux dans un Québec laissé à lui seul. C’est une vision peu élogieuse de la moralité québécoise, où la violence, la vengeance, l’asservissement et l’agression prennent le dessus. En même temps, d’un point de vue extérieur, les trois réalisateurs forcent le spectateur à prendre position et à devenir témoin et juge à la fois, se commettant lui-même en devenant complice.

Dans la veine d’un commentaire constructif, il y avait peu de silence pour reprendre son souffle dans cette saga aux nombreux points de tension. La musique de Mathieu Campagna, avec son ambiance western spaghetti, et l’environnement sonore en général, dont celui des moteurs vrombissants, ont peut-être été légèrement sur-dosés au montage. Remarquez que c’est peut-être un effet causé par le volume dans la salle de cinéma, qui était trop élevé.

Ce film-là est chargé en émotion et en talent; il sort des sentiers battus. À voir! Cœur sensible : ne pas s’abstenir.

Le film est disponible sur illico.

* « Le gore est un sous-genre cinématographique du cinéma d’horreur, caractérisé par des scènes extrêmement sanglantes et très explicites dont l’objectif est d’inspirer au spectateur le dégoût, la peur, le divertissement ou le rire. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_gore

Cœur de mailles