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Une prise de position

 

De gauche à droite : Karine Gosselin, Catherine Sheedy, Mélanie Denis, Annie Loiseau, Sonia Beauchesne, Emily Lewis, Stéphanie Letarte, Anne-Marie Rébillard, Sophie Bélanger, Karine Rodrigue. Les membres du collectif Filière 11 sont présentement en résidence artistique à l'École de joaillerie de Québec, qui a débutée en mars et ce, jusqu'en septembre 2016. Ce projet est sous la thématique Perception. Photo Karine RODRIGUE

De gauche à droite : Karine Gosselin, Catherine Sheedy, Mélanie Denis, Annie Loiseau, Sonia Beauchesne, Emily Lewis, Stéphanie Letarte, Anne-Marie Rébillard, Sophie Bélanger, Karine Rodrigue. Les membres du collectif Filière 11 sont présentement en résidence artistique à l’École de joaillerie de Québec, qui a débutée en mars et ce, jusqu’en septembre 2016. Ce projet est sous la thématique Perception. Photo Karine RODRI

« Il s’agit d’utiliser le bijou comme un médium d’expression artistique au même titre que la peinture ou la sculpture, sans se limiter aux matériaux traditionnels de la joaillerie. Nous travaillons donc avec des matériaux qui servent davantage notre propos, que ce soit, par exemple, le plastique ou le bois. C’est vraiment notre démarche artistique que nous souhaitons traduire sous forme de bijou », explique Anne-Marie Rébillard, membre du collectif Filière 11.

Au printemps 2011, 11 artistes du bijou contemporain se réunissaient pour former le collectif Filière 11. C’est concept! Né du besoin de créer une communauté intéressée par le bijou contemporain au sein d’une ville où la discipline est encore peu connue, le collectif engendre la stimulation de leur art par l’échange.

Formées en joaillerie traditionnelle, Anne-Marie Rébillard, Sonia Beauchesne et Catherine Sheedy, trois membres du collectif, expliquent qu’elles se sont tournées vers le bijou contemporain pour la liberté artistique que celui-ci leurs offre. Avec ce créneau du bijou, les possibilités d’expression sont illimitées et les frontières érigées par la tradition en joaillerie sont repoussées. « Il y a quelque chose de sacré dans le bijou [tel qu’il est enseigné à l’école], il faut donc faire un acte de destruction pour faire renaître quelque chose de différent et se l’approprier. [Le collectif] aide à élargir notre vision, à nous décomplexer face à notre manière d’intervenir sur un bijou », explique Anne-Marie Rébillard.

À la frontière de plusieurs influences, le bijou contemporain est né d’une remise en question de l’utilisation des métaux précieux et des techniques de la joaillerie traditionnelle. Les matériaux ne doivent pas restreindre l’imagination de l’artiste, mais plutôt servir de support aux propos créatifs les plus divers. « L’argent, l’or, le cuivre, ce sont des matériaux comme les autres. Si ça ne sert pas à ce que j’ai envie de dire, je ne les utiliserai pas », affirme Sonia Beauchesne.

L’élément déterminant du bijou contemporain est avant tout l’intention artistique qui se trouve derrière la pièce. La technique est au service de l’expression : « On peut intentionnellement détruire ou cacher notre savoir faire si cela sert notre propos », explique Catherine Sheedy. Ces artistes ne créent pas pour répondre à une norme esthétique, mais plutôt pour véhiculer un message. Porter un bijou contemporain, c’est dénoncer une cause, exprimer ses valeurs. « C’est une prise de position », affirme Anne-Marie Rébillard.

Aujourd’hui, le collectif sert de point d’ancrage pour les 11 artistes, libres de collaborer sur les projets qui les inspirent, de manière sporadique et spontanée, tout en maintenant des carrières individuelles fructueuses. Le collectif a notamment à son actif l’exposition Page blanche, présentée à la bibliothèque Gabrielle-Roy en 2014, ainsi qu’une contribution artistique sur fond de carrés rouges lors du printemps érable en 2012. Toujours prêtes à se greffer à de nouveaux projets, elles travaillent à faire connaître cet art encore naissant au Québec.

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