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Le rapport au corps

Catherine SHEEDY. Photos Sylvie BEAULIEU

Catherine SHEEDY. Photos Sylvie BEAULIEU

Catherine Sheedy a toujours été incapable de s’en tenir à une seule chose à la fois : joaillerie, sculpture, enseignement, études, ateliers, présidence d’un centre d’artistes… Néanmoins, la lauréate du prestigieux Steel Trophy Award 2013 de la Metal Arts Guild of Canada a choisi de se concentrer sur la création de bijoux contemporains. (En plus d’être conseillère pédagogique et coordonnatrice de programme au Centre de formation et de consultation en métiers d’art du Cégep Limoilou!)

Comment êtes-vous entrée en contact avec le bijou contemporain?

Après ma maitrise, j’étais dans la sculpture mur à mur. J’ai loué un atelier à Limoilou où j’avais, côte à côte dans le même espace, mon banc de joaillière et mes installations pour la sculpture. Je faisais un peu de bijoux parce que j’avais des commandes, mais ça me lassait, alors je me suis mise à faire du bijou un peu plus exhaustif. J’avais déjà vu des bijoux contemporains, mais puisqu’on n’en côtoie pas quotidiennement au Québec, ce n’était pas naturel. Il y a eu une exposition vraiment déterminante pour moi : Golden Clogs, Dutch Mountains, par la commissaire Andrea Wagner, présentée en 2008 au Centre MATERIA, à Québec. C’était une exposition sur le bijou contemporain néerlandais. C’est vraiment développé là-bas, il y a de très grosses galeries. Je me suis dit : « Wow! Je veux faire ça! ». Ça correspondait vraiment à ce que je faisais. Andrea m’a conseillée d’aller suivre un atelier avec Ruudt Peters, aux Pays-Bas.

Qu’avez-vous appris lors de cette classe de maître?

C’était une semaine intense de création. On a essayé plein de choses pour approfondir mon travail, voir jusqu’où je pouvais aller. J’ai suivi une formation en joaillerie traditionnelle et j’ai appris à aller au-delà des techniques et à m’ouvrir aux concepts.

Andrea Wagner, Ruudt Peters… Est-ce que d’autres intervenants ont été marquants dans votre parcours?

Noel Guyomarc’h, un galeriste de Montréal (voir page 22). Nous avions à faire des ateliers créatifs collectifs pendant deux ans. La première année, nous avions un défi à relever mensuellement, suivi d’un échange avec le groupe. La deuxième année, à partir des pièces qui nous avaient interpellées, nous développions davantage certaines pistes de création et nous nous rencontrions tous les trois mois. Certaines créations étaient justement en exposition à sa galerie, l’automne dernier.

Finalement, qu’aimez-vous dans le bijou contemporain?

Le fait qu’il faut se commettre pour le porter, que la personne doit assumer qu’elle porte une œuvre d’art et qu’elle l’affirme ainsi. Même quand je faisais de la sculpture, les gens pouvaient circuler autour de mes pièces dans l’espace d’exposition. Il y a toujours ce rapport au corps qui est très important pour moi. Que l’objet puisse être porté, ça apporte de nouveaux sens qui seraient absents si ce n’était pas un bijou. Il y a un rapport à l’autre, un engagement.

Cœur de mailles