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Avatar : chantre des arts sonores et électroniques

Photo Jean-François Gravel
Photo Jean-François Gravel

/ par Chaher MOHAMED SAÏD OMAR

 

Avatar est un centre d’artistes dont la raison d’être est la recherche, la création et la distribution d’arts sonores et électroniques; deux formes d’arts utilisant, d’une part, le son comme matière première de l’œuvre et d’autre part, les systèmes électroniques à des fins purement artistiques. Et en la matière, le centre situé sur la côte d’Abraham « n’a pas son alter ego dans tout le Canada », selon l’ex-directrice générale du centre d’artiste, Amandine Gauthier.

En effet, Avatar dispose d’un studio d’enregistrement professionnel, d’un laboratoire informatique et d’un laboratoire électronique. Le centre possède Ohm, sa maison d’édition lui permettant de publier des œuvres sous formats CD, DVD, web, etc. Enfin, pour assurer la distribution de ces productions, Avatar détient l’étiquette VacuOhm.

Un soutien indéfectible aux artistes

Depuis sa fondation en 1993 par Jocelyn Robert, un mordu d’art sonore, le centre s’est donné pour mission de répandre aux échelles locale, nationale et internationale ces formes d’art méconnues et peu populaires. La meilleure manière de permettre cette expansion passe par le soin porté aux artistes : « Nous aidons ponctuellement une cinquantaine d’artistes par an et offrons des résidences à une quinzaine d’autres », affirme avec fierté Myriam Lambert, responsable de la promotion et de la distribution chez Avatar.

Côté créateur, il existe deux manières de bénéficier du savoir-faire d’Avatar. D’abord, il est possible d’y déposer son projet, et ce, tout au long de l’année. Enfin, il arrive que certains artistes soient approchés par le centre même. Dans un cas comme dans l’autre, toute l’équipe d’Avatar évalue exhaustivement les besoins des projets retenus et aide les artistes à réaliser leurs desseins. « Il peut s’agir de simples conseils, de l’octroi d’un espace et de matériel de travail, comme de logiciels à concevoir pour mener à bien une œuvre », énumère Madame Lambert.

La valeur de cette prise en charge est variable, rajoute Madame Gauthier. « Nous donnons systématiquement des cachets, des per diem aux artistes. Notre apport se fait aussi par le biais de remboursements de frais de déplacement, d’hébergement, etc. Cependant, l’investissement ne se compte pas seulement en argent investi, mais également en accompagnement artistique, technique ou administratif. »

Une fois que la directrice artistique a donné son feu vert pour aider un artiste à réaliser son projet, « on ne se dégonfle pas, on ne recule pas en route», insiste Mériol Lehmann, précieux directeur technique d’Avatar. Monsieur Lehmann conçoit à la demande et sur mesure des logiciels pour des œuvres artistiques plus audacieuses les unes que les autres. Dans le domaine des arts sonores et électroniques, ce type de support est indispensable, car il fait intégralement partie de l’œuvre.

En échange de cette aide, Avatar ne demande rien en retour, n’impose aucune condition aux créateurs. « On leur donne la possibilité d’exprimer leur créativité en toute liberté », conclut fièrement la directrice artistique d’Avatar, Lorella Abenavoli.

« Démocratiser » les arts sonores et électroniques

Au grand dam d’Avatar, monsieur et madame Tout-le-monde rechignent à s’ouvrir aux arts sonores et électroniques. Pour l’heure, les artistes et les étudiants en arts visuels représentent un public plus intéressé. Sans doute que la démarche expérimentale, le caractère novateur des œuvres sonores et électroniques surprennent. Mais n’ayez crainte, réitèrent les membres d’Avatar! Arts sonores et électronique, plus que tout autre, parlent à notre sensibilité, à nos émotions, à notre imagination. Ils nous rejoignent « pour le peu qu’on veuille jouer leur jeu », insiste Pierre-Olivier Fréchet-Martin, un artiste en arts électroniques à qui l’on doit entre autres l’installation immersive Système 0.48b qui fut présentée en mars 2010 à la Galerie des arts visuels de l’Université Laval.

Pour démocratiser les arts visuels et électroniques, Avatar multiplie les collaborations lors d’événements tels que le Mois Multi, la Manif d’Art et le Festival Antenne-A. Il travaille aussi avec des institutions grand public telles que le Musée des beaux-arts de Québec et l’OSQ. Enfin, Avatar s’allie à des radios. C’est le cas de CKRL. Durant les deux heures de L’Aérospatial, une émission dédiée aux arts visuels, Jean-Pierre Guay, l’animateur principal, joue près d’une douzaine d’extraits de cet art « à la marge, mais tellement complémentaire à une émission radio parlant d’arts visuels! »

Il faudra bien sûr un peu de temps avant que nous écoutions tous de l’art sonore dans nos Ipods, mais d’ici là : « Nul n’étant prophète en son pays, les initiatives d’Avatar paient… en Europe. Là-bas Avatar est très connu  », encourage Monsieur Guay.

Du son à l’image

Pierre-Olivier Fréchet-Martin a toujours été conscient de l’omniprésence du bruit dans sa vie quotidienne. Une fois capable de maîtriser les outils technologiques de « capture, et de détournement des sons », cet artiste diplômé de l’École des arts visuels de l’Université Laval a fait du brouhaha ambiant la matière et l’objet de son œuvre. Une matière abondante, permettant mille et une expérimentations. « L’art sonore n’a pas de balises, ça ressemble à du bidouillage. C’est un espace de liberté totale, d’introspection, de volupté, que je préserve en créant à partir d’un minimum de structures prédéfinies telles qu’un thème, etc. », explique-t-il.

« Dans mon travail, c’est du son que naît l’image. » L’artiste illustre ces paroles à l’aide d’une œuvre sans titre alliant art sonore et électronique. Dans celle-ci, la représentation numérique d’ondes évoque une métropole futuriste, plongée dans la pénombre. Pas âme qui vive. Déserte. Au loin, à cheval sur l’horizon, on distingue l’ombre de ce qui semble des gratte-ciels. Leurs extrémités paraissent de longs couteaux acérés comme des crocs. Ils crèvent la voûte céleste, noire.

En dernière analyse, la « force des arts sonores et électroniques » tient, selon Pierre-Olivier Fréchet-Martin, à cela : stimuler l’imagination à l’infini, favoriser l’émergence d’images, pour susciter des émotions. Des émotions!

Pierre-Olivier Fréchet-Martin et son instalation immersive intitulé SYSTÈME 0.48b. Photo Jean-François Gravel
Pierre-Olivier Fréchet-Martin et son instalation immersive intitulé SYSTÈME 0.48b. Photo Jean-François Gravel
Cœur de mailles